A wide, industrial-style photo of a crowded high-voltage substation with a complex web of power lines and steel towers under a grey sky.
Un enchevêtrement dense de lignes de transport et de transformateurs à haute tension, illustrant la complexité physique et technique nécessaire au maintien d'un réseau électrique national stable.

Pourquoi les réseaux électriques constituent le goulot d'étranglement de la transition énergétique en 2026

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Depuis plus de dix ans, la transition énergétique mondiale est présentée comme une simple histoire de progrès technologique. On nous dit que les panneaux solaires sont de moins en moins chers, que les éoliennes sont de plus en plus hautes et que les batteries s'améliorent d'année en année. Des conférences aux rapports, le message est resté le même : déployez suffisamment d'énergie propre et le reste suivra.

Mais ce n'est pas le cas. Selon l'Agence internationale de l'énergie, Plus de 2 500 gigawatts de projets énergétiques sont actuellement bloqués dans les files d'attente de raccordement au réseau électrique à travers le monde. Centrales électriques, batteries, électrolyseurs et centres de données, tous techniquement prêts, sont cependant dans l'incapacité d'être raccordés. Ce chiffre dépasse la capacité de production d'électricité installée totale de la Chine et des États-Unis réunis.

Il ne s'agit donc pas d'une pénurie de panneaux solaires, mais de réseaux électriques. J'ai passé des années à observer des pays africains annoncer des objectifs en matière d'énergies renouvelables qu'ils ne peuvent atteindre, des centrales électriques qu'ils ne peuvent pas démanteler et des réformes qui ne se concrétisent jamais. Les dernières conclusions de l'AIE confirment ce que les ingénieurs et les gestionnaires de réseaux électriques savent depuis longtemps : la transition énergétique n'est plus freinée par l'ambition ou la technologie, mais par les systèmes électriques.

Pour comprendre pourquoi c'est le réseau, et non la production, qui est devenu la contrainte majeure, il faut regarder au-delà des mégawatts et s'intéresser au fonctionnement même du réseau électrique.

Pourquoi 2 500 GW de projets sont bloqués dans le monde entier

Ce chiffre est alarmant car il touche toutes les régions géographiques et tous les niveaux de revenus. De l'Europe aux États-Unis, de l'Amérique latine à l'Asie, les projets s'accumulent dans les files d'attente de raccordement, non pas par manque de capacité du réseau.

L'AIE montre que les délais de raccordement sont devenus systémiques. Dans de nombreuses économies avancées, les promoteurs doivent désormais attendre entre cinq et dix ans pour obtenir l'autorisation de raccordement au réseau. Dans les marchés émergents, l'attente peut être indéfinie. La raison est simple : les réseaux électriques ont été conçus pour une autre époque.

La plupart des réseaux électriques ont été conçus pour une production centralisée et prévisible : de grandes centrales à charbon, à gaz ou hydroélectriques alimentant une demande stable. La transition énergétique a bouleversé cette logique. L’électricité provient désormais de sources multiples, avec une production variable, et la demande évolue tout aussi rapidement, sous l’effet des véhicules électriques, des pompes à chaleur et des centres de données.

La planification des réseaux électriques n'a pas suivi le rythme ; les investissements dans le transport d'électricité accusent un retard considérable par rapport à ceux dans la production depuis des années, et les procédures d'autorisation demeurent lentes, fragmentées et politiquement délicates. Dans de nombreux pays, les gestionnaires de réseau ne disposent ni du cadre réglementaire ni des incitations financières nécessaires pour anticiper la demande.

Il en résulte un paradoxe : nous disposons d’un potentiel d’énergie propre plus important que jamais, mais d’une capacité réduite à l’exploiter. Il s’agit d’un goulot d’étranglement structurel, car l’AIE estime que… Les investissements mondiaux dans les réseaux électriques doivent augmenter d'environ 501 000 milliards de dollars d'ici 2030, contre environ 400 milliards de dollars aujourd'hui., tout simplement pour suivre le rythme de la demande croissante en électricité.

La transition a atteint un stade où les électrons sont bon marché, mais leur déplacement ne l'est pas.

Que signifie réellement “ préparation du réseau ” ?

La préparation du réseau est souvent reléguée au second plan, se limitant aux transformateurs, aux sous-stations et aux lignes. En réalité, il s'agit d'un ensemble complexe mêlant ingénierie, réglementation, finance et gouvernance.

Un réseau électrique est “ prêt ” lorsqu’il peut accomplir simultanément trois tâches : connecter rapidement de nouvelles capacités, acheminer l’électricité efficacement et fonctionner avec souplesse en cas de forte demande. La plupart des réseaux actuels présentent des défaillances sur au moins un de ces points.

Tout d'abord, la question de la disponibilité des connexions. De nombreux systèmes ne disposent pas de procédures transparentes et assorties de délais précis pour les nouvelles connexions. Les développeurs s'inscrivent sur des listes d'attente sans aucune garantie quant aux délais ou aux coûts. Dans certains cas, les gestionnaires de réseau attribuent la capacité selon le principe du premier arrivé, premier servi, plutôt qu'en fonction de la valeur du système, ce qui encombre les réseaux avec des projets spéculatifs.

Deuxièmement, l'adéquation du réseau de transport. L'électricité doit être acheminée des lieux de production aux lieux de consommation. Or, les énergies renouvelables sont souvent situées loin des centres de consommation. Sans infrastructures de transport longue distance, la production s'accumule aux mauvais endroits. Les limitations de production augmentent, les prix divergent et les investisseurs perdent confiance.

Troisièmement, la flexibilité du système. Les réseaux modernes doivent équilibrer en temps réel l'offre et la demande variables. Cela nécessite du stockage, la gestion de la demande, des interconnexions et des codes de réseau mis à jour. De nombreux systèmes fonctionnent encore avec des règles rigides conçues pour la production d'électricité à partir de combustibles fossiles.

L'AIE est formelle : la préparation du réseau est désormais le facteur déterminant de la transition énergétique. Sans elle, l'ajout de panneaux solaires ne réduit ni les émissions ni les coûts ; il ne fait qu'accroître la congestion. Pour l'Afrique, ce concept est particulièrement important car les défis posés par le réseau électrique du continent sont souvent mal compris.

Pourquoi le problème des réseaux électriques africains est structurel et non technique

On décrit souvent l'Afrique comme un continent en manque de production d'électricité. En réalité, elle manque de systèmes électriques fonctionnels..

Sur tout le continent, les réseaux électriques sont peu denses, fragmentés et financièrement fragiles. Les réseaux de transport sont limités, les pertes de distribution dépassent régulièrement 20 à 30 lb/3 Tb, et les entreprises de services publics peinent à couvrir leurs coûts, à investir ou à entretenir leurs infrastructures. Les tarifs sont souvent fixés en dessous du seuil de rentabilité, et les ingérences politiques faussent la planification.

Il ne s'agit pas d'un manque de connaissances en ingénierie. Les ingénieurs africains maîtrisent les réseaux électriques aussi bien que quiconque. Le problème réside dans les institutions et les incitations.

De nombreux réseaux électriques africains ont été construits de manière fragmentaire, liés à des projets de donateurs ou à des centrales électriques d'urgence plutôt qu'à une planification à long terme du système.. Les investissements privilégiaient les mégawatts aux mégavoltampères. On célébrait la production d'électricité, mais on négligeait les infrastructures de câblage.

Il en résulte un système incapable d'absorber même de modestes augmentations de capacité sans être mis à rude épreuve. Les projets d'énergies renouvelables subissent de longs retards malgré la fiabilité du solaire, en raison de la faiblesse des réseaux. La consommation industrielle est rationnée. L'autoproduction, bien que permettant de combler le déficit, entraîne une hausse des coûts et une ponction sur les réserves de change.

Ce qui rend ce problème structurel, c'est que les contraintes s'auto-renforcent. Des réseaux électriques fragiles réduisent les revenus des entreprises de services publics, ces dernières ne peuvent investir dans les réseaux, et les gouvernements hésitent alors à augmenter les tarifs, par crainte de répercussions politiques. Le cycle se perpétue.

L’avertissement de l’AIE concernant les réseaux électriques mondiaux est particulièrement difficile à entendre en Afrique, car le continent entre dans l’ère de l’électricité avec des systèmes conçus pour la rareté et non pour l’abondance.

Le danger de confondre l'accès et la préparation

L'un des malentendus les plus persistants dans le discours énergétique africain est la confusion entre l'accès et la robustesse du système.

Les statistiques de raccordement témoignent de progrès : des millions de foyers ont été électrifiés grâce à l’extension du réseau, aux mini-réseaux et aux systèmes solaires domestiques. Certes, c’est important, mais l’accès ne signifie pas pour autant que le pays est prêt à intervenir.

Un foyer considéré comme “ raccordé ” peut ne recevoir l'électricité que quelques heures par jour. La tension peut être instable, les coupures fréquentes, et les entreprises doivent s'adapter aux pannes plutôt qu'à l'approvisionnement. D'un point de vue économique, il ne s'agit pas d'électrification au sens où l'entend l'AIE.

L'ère de l'électricité, c'est bien plus que de la lumière. Il s'agit d'une alimentation électrique fiable et évolutive qui sous-tend la productivité. Il s'agit de réseaux capables de soutenir des usines, des centres de données, des chaînes du froid et des usines de traitement des minéraux.

Le défi énergétique de l'Afrique a évolué. Il ne s'agit plus seulement de connecter les populations non raccordées, mais aussi de bâtir des systèmes suffisamment robustes pour soutenir la croissance. Sans ce changement de perspective, l'Afrique risque de se féliciter des progrès réalisés en matière d'accès à l'électricité tout en restant exclue d'une économie fondée sur l'électricité.

Pourquoi ce sont les grilles, et non les panels, qui détermineront la transition de l'Afrique

Les panneaux solaires continueront de devenir moins chers, les batteries s'amélioreront et l'éolien se développera. Mais rien de tout cela ne garantit le succès.

L’avenir énergétique de l’Afrique dépendra de la volonté des gouvernements et des financiers d’entreprendre le travail ingrat de réparation des réseaux électriques : réformer les services publics, accroître les investissements, moderniser la réglementation et planifier la fiabilité plutôt que les crises.

C’est plus complexe que l’installation de panneaux solaires. C’est plus lent et politiquement délicat. Mais c’est inévitable. Le message de l’AIE est clair : la transition sera bloquée là où les réseaux électriques dysfonctionnent. Pour l’Afrique, il ne s’agit pas d’une mise en garde concernant l’avenir, mais d’un constat lucide de la situation actuelle.

Si le continent veut s'industrialiser, valoriser ses ressources minérales et participer à l'économie numérique, il doit considérer les réseaux électriques comme une infrastructure stratégique et non comme une simple considération technique.. La transition énergétique ne se gagnera pas uniquement sur les toits. Elle se gagnera ou se perdra dans les sous-stations, les salles de contrôle et les bilans financiers.

Le point essentiel que je ne peux ignorer

La transition énergétique a dépassé son propre stade initial. Il ne s'agit plus d'une course au déploiement technologique, mais d'une mise à l'épreuve des systèmes.

Le retard accumulé en matière de réseaux électriques, selon l'AIE, est un indicateur clé de la direction que prend la transition. Les systèmes électriques deviennent un goulot d'étranglement partout, mais nulle part ailleurs les conséquences ne sont aussi graves qu'en Afrique.

Si l'Afrique entre dans l'ère de l'électricité avec des réseaux électriques insuffisants, elle restera pauvre en énergie dans un monde électrifié. Les panneaux solaires sont nécessaires, mais les réseaux électriques sont déterminants.

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Responsable de la région Afrique à  |  + de messages

Vincent Egoro est un analyste de la transition énergétique en Afrique, spécialisé dans les enjeux liés à la justice climatique, à la sortie des énergies fossiles et à la gouvernance des ressources minérales critiques. Il analyse, à travers une approche systémique, comment les transitions énergétiques transforment les moyens de subsistance, les compétences et le pouvoir au sein des sociétés africaines. Vincent est responsable du programme Afrique au sein du Resource Justice Network.

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