Quand les États-Unis se retirent : quelles conséquences le retrait de Trump de l’ONU sur le climat pour la transition énergétique de l’Afrique ?

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Lorsque les États-Unis se retirent des institutions climatiques internationales, les conséquences ne se limitent jamais à Washington. Elles se répercutent sur les marchés, les banques multilatérales, les alliances diplomatiques et l'architecture fragile du financement climatique dont dépendent de nombreux pays en développement.

La décision du président Donald Trump de retirer les États-Unis de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et des instances climatiques associées marque une rupture plus profonde encore que le retrait précédent de l'Accord de Paris. Il ne s'agit pas d'un désaccord sur les objectifs ou les échéances, mais d'un abandon du système même qui coordonne l'action climatique mondiale.

Pour l’Afrique, continent confronté simultanément à la pauvreté énergétique, à la vulnérabilité climatique et aux exigences d’un développement rapide, ce moment est à la fois déstabilisant et révélateur.

La question n’est plus de savoir si la gouvernance climatique mondiale se fragmente.
C’est ainsi que l’Afrique réagit lorsqu’un de ses plus grands émetteurs historiques se retire.

Une rupture avec l'architecture, et pas seulement avec l'accord

La CCNUCC n'est pas un forum symbolique. Elle constitue le socle juridique et institutionnel de la coopération climatique mondiale, encadrant la notification des émissions, la planification de l'adaptation, les mécanismes de financement et la coordination scientifique.

En s'en retirant, les États-Unis sortent du système fondé sur des règles qui a régi la diplomatie climatique pendant plus de trois décennies. Selon Reuters, Des experts juridiques ont déjà soulevé des questions quant aux conséquences d'un retrait d'un traité ratifié par le Sénat et quant à la difficulté d'une réintégration en cas de nouveau changement de conjoncture politique.

Pour l'Afrique, le problème immédiat n'est pas le symbolisme, mais la prévisibilité.

Le financement climatique, la coopération technologique et l'aide à l'adaptation sont structurés selon les processus de la CCNUCC. Lorsqu'un acteur majeur se retire, l'incertitude s'accroît, et cette incertitude est coûteuse pour les pays qui peinent déjà à mobiliser des capitaux pour les réseaux électriques, les énergies renouvelables et la résilience.

Financement climatique dans un monde plus fragile

La transition énergétique de l'Afrique est déjà sous-financée. Selon les données de suivi de la Banque mondiale, Des centaines de millions d'Africains n'ont toujours pas accès à l'électricité, tandis que les investissements dans les énergies propres sont loin d'être suffisants pour atteindre les objectifs de développement et de lutte contre le changement climatique.

Le retrait des États-Unis des institutions climatiques des Nations Unies n'entraîne pas automatiquement la suppression de tous les financements liés aux États-Unis. Toutefois, il fragilise la crédibilité des engagements collectifs et complique la coordination entre les donateurs, les banques de développement et les investisseurs privés.

Les flux de financement climatique suivent des signaux. Lorsque cette structure se fissure, les capitaux deviennent plus prudents, plus fragmentés et plus conditionnels.

Pour les pays africains qui recherchent des investissements à long terme dans les réseaux électriques, les mini-réseaux, la cuisson propre et l'énergie industrielle, cela accroît le risque que le financement devienne plus bilatéral, plus transactionnel et moins prévisible.

Il ne s'agit pas d'une préoccupation théorique. Transition énergétique en Afrique a déjà documenté les difficultés rencontrées par les financements axés sur la réalisation des objectifs dans un contexte de gouvernance fragmentée.

Un cadre mondial affaibli ne fait qu'intensifier ce défi.

La fin du consensus, la montée des coalitions

Le retrait de Trump accélère une tendance déjà en cours : le passage d'un consensus climatique universel à des coalitions de volontaires.

L'Europe a réaffirmé son engagement en faveur de l'action climatique et a critiqué la décision américaine, la jugeant préjudiciable à la coopération mondiale.

La Chine poursuit le développement de son secteur industriel des technologies propres tout en se positionnant comme un partenaire stable et durable en matière d'infrastructures énergétiques. D'autres pays réajustent discrètement leurs stratégies concernant les accords bilatéraux et régionaux.

Pour l'Afrique, cette fragmentation comporte à la fois des risques et des opportunités.

Le risque est celui de la marginalisation, qui conduit à se soumettre aux règles dans un monde de blocs concurrents. L'opportunité réside quant à elle dans l'alignement stratégique, en choisissant délibérément des partenariats plutôt que de s'en remettre à un forum mondial unique.

Mais cela nécessite de clarifier les priorités.

L'Afrique ne peut se permettre une dérive stratégique.

La transition énergétique africaine est souvent abordée sous l'angle moral de la justice, de l'équité et de la responsabilité. Ces aspects sont importants. Mais dans un système mondial fracturé, la stratégie l'est tout autant.

En l’absence d’une position africaine claire sur l’abandon progressif des combustibles fossiles, le développement des énergies propres et les besoins énergétiques industriels, les acteurs extérieurs combleront ce vide avec leurs propres objectifs.

Cela se manifeste déjà dans les débats sur le gaz, les minéraux critiques et les corridors d'infrastructures. Comme l'a analysé Energy Transition Africa, L'ambiguïté affaiblit le pouvoir de négociation et retarde le financement..

Le retrait de Trump rend cette ambiguïté plus coûteuse.

Dans un monde où les règles sont moins contraignantes, le pouvoir d'influence de l'Afrique dépendra de sa capacité à exprimer clairement ce qu'elle veut et ce qu'elle n'acceptera plus.

Élimination progressive des combustibles fossiles dans un ordre fragmenté

Le retrait des États-Unis de l'UE va inévitablement encourager les intérêts des énergies fossiles à l'échelle mondiale. Il montre qu'un revirement politique est possible, même dans les grandes économies, et que les engagements climatiques ne sont pas irréversibles.

Pour l'Afrique, cela représente un choix.

Une option consiste à adopter une approche défensive : résister au discours sur l’abandon progressif, adopter des positions prudentes et attendre que la situation mondiale se stabilise.

L'autre approche est proactive : défendre une stratégie africaine pour l'élimination progressive des combustibles fossiles, fondée sur le développement, la santé et la résilience économique, et non sur des pressions extérieures.

Comme Transition énergétique en Afrique Comme l'a souligné un autre auteur, les combustibles fossiles déçoivent de plus en plus l'Afrique, engendrant volatilité, pollution et risques financiers plutôt que sécurité énergétique.

Dans un système mondial affaibli, l'Afrique a plus à gagner en faisant preuve de clarté qu'en s'accrochant à l'ambiguïté.

Plaidoyer plus solide pour l'agence africaine

Paradoxalement, le retrait de Trump renforce l'argument en faveur de l'action des Africains.

Si l’on ne peut plus compter sur la gouvernance climatique mondiale pour assurer un financement et une coordination prévisibles, l’Afrique doit former ses propres coalitions interrégionales, avec les banques de développement et des partenaires prêts à s’engager sur le long terme.

Cela signifie:

  • privilégier les investissements qui réduisent les importations de carburant et l'exposition aux devises ;
  • accélérer le développement des énergies renouvelables, du stockage et des systèmes décentralisés ;
  • aligner la politique industrielle sur la disponibilité d'énergie propre ;
  • et exiger un financement qui soutienne la mise en œuvre, et non de simples promesses.

Cela signifie aussi être explicite sur l'élimination progressive des combustibles fossiles, non pas comme une concession à des pressions extérieures, mais comme une stratégie de développement rationnelle dans un monde instable.

Conséquences pour 2026 et au-delà

Les gros titres immédiats se concentreront sur les répercussions diplomatiques, mais le problème de fond est structurel.

Le retrait de Trump accélère la transition d'un ordre climatique fondé sur des règles à un ordre fondé sur la force. Dans un tel contexte, les pays dotés de stratégies claires s'en sortent mieux que ceux qui attendent le retour d'un consensus.

Pour la transition énergétique de l'Afrique, ce moment exige :

  • confiance stratégique plutôt que prudence ;
  • La clarté plutôt que le compromis ;
  • et un leadership ancré dans les réalités africaines, et non dans une vision globale.

Si le continent ne peut contrôler la politique américaine, il peut contrôler la manière dont il se positionne en réaction.

Un dernier mot

La gouvernance climatique mondiale traverse une période d'incertitude. Pour l'Afrique, l'incertitude n'est pas nouvelle, mais la résilience ne l'est pas non plus.

Le retrait de Trump des institutions climatiques de l'ONU est un revers, mais il nous rappelle aussi que l'avenir énergétique de l'Afrique ne peut dépendre de la permanence des engagements d'autrui.

Une transition énergétique juste et rapide, incluant une suppression progressive des combustibles fossiles, demeure dans l'intérêt de l'Afrique, avec ou sans consensus universel.

Il s'agit maintenant de poursuivre cet objectif avec clarté, détermination et résolusse.

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