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“ Seuls 141 TP3T de financements engagés pour les mini-réseaux ont été effectivement déboursés. ”
Ce chiffre devrait mettre un terme à toute discussion sur l'énergie.
J'ai passé des années à parcourir des communautés africaines où des mini-réseaux solaires accomplissent déjà ce que les réseaux nationaux n'ont pas réussi à faire depuis des décennies : fournir une électricité fiable aux dispensaires, marchés, ateliers, écoles et foyers. J'ai vu des onduleurs ronronner dans des villages qui ne connaissaient que l'obscurité et le diesel. J'ai vu des commerces étendre leurs horaires grâce à une alimentation électrique enfin stable.
Les mini-réseaux fonctionnent.
Et pourtant, malgré un consensus quasi unanime sur le rôle essentiel de l'énergie décentralisée dans la transition énergétique africaine, seule une fraction des fonds promis aux mini-réseaux est effectivement mise en œuvre. Selon une analyse de Dans le cadre des programmes de financement axés sur les résultats, environ 141 TP3T de financements engagés pour les mini-réseaux ont été déboursés.
Il ne s'agit pas d'un problème technologique. Il ne s'agit pas non plus d'un problème de demande ou de capacité, mais bien d'un dysfonctionnement de la livraison, et il est entièrement dû à l'homme.
Pourquoi les mini-réseaux continuent de faire leurs preuves
Les mini-réseaux réussissent car ils sont conçus pour les réalités africaines, et non pour des modèles idéalisés.
Ils ne dépendent pas de réseaux de transport d'électricité parfaits ni d'importations de combustibles stables. De plus, ils ne s'effondrent pas en cas de défaillance d'une ligne. Au contraire, ils fournissent de l'électricité au plus près de la demande, grâce à l'énergie solaire, aux batteries et aux réseaux de distribution locaux qui peuvent être construits en quelques mois plutôt qu'en plusieurs années.
La Banque mondiale Programme d'assistance à la gestion du secteur de l'énergie (ESMAP) a démontré à maintes reprises que les mini-réseaux constituent souvent l'option d'électrification la moins coûteuse pour les zones rurales et périurbaines éloignées du réseau électrique.
Elles garantissent également la fiabilité. Dans les régions où l'électricité du réseau n'est disponible que quelques heures par jour, de manière imprévisible, les mini-réseaux fournissent une alimentation stable sur laquelle les entreprises peuvent s'appuyer. C'est cette fiabilité qui transforme les projets d'éclairage en infrastructures économiques.
Transition énergétique en Afrique Il a également fait valoir que la décentralisation n'est pas un compromis mais un choix de conception pour assurer la résilience.
Alors pourquoi, si les mini-réseaux fonctionnent si clairement, l'argent reste-t-il bloqué ?
Le piège du financement axé sur les résultats
Une grande partie du financement des mini-réseaux transite par des mécanismes de financement axés sur les résultats (FAR). Sur le papier, le FAR est logique : les développeurs sont rémunérés une fois les raccordements vérifiés effectués.
En pratique, cela constitue un véritable goulot d'étranglement en raison de processus de vérification lents, fragmentés et coûteux. Les développeurs doivent fournir une documentation exhaustive, attendre des mois pour les inspections et subir des retards qui pèsent sur leur trésorerie. Pour les PME, cela peut s'avérer fatal.
Même lorsque les résultats sont vérifiés, les versements sont souvent retardés par des processus bureaucratiques déconnectés de la réalité opérationnelle. Les panneaux solaires n'attendent pas les échéances des donateurs. Les batteries ne cessent pas de se dégrader pendant le traitement des documents administratifs.
Le résultat est absurde : les développeurs produisent de l'énergie, mais se retrouvent à court d'argent avant d'être payés.
Risque de change : le tueur silencieux
Il y a ensuite le risque de change, l'obstacle le moins évoqué mais le plus destructeur.
La plupart des revenus des mini-réseaux sont perçus en monnaie locale, tandis que le financement est libellé en dollars ou en euros. Lorsque les monnaies se déprécient, comme c'est souvent le cas, les revenus diminuent du jour au lendemain, tandis que les obligations de la dette restent fixes.
Ce décalage transforme des projets pourtant viables en pièges financiers. Si les grandes entreprises de services publics et les multinationales peuvent se prémunir contre le risque de change, les petits développeurs de mini-réseaux, eux, ne le peuvent pas. Or, la plupart des montages financiers partent du principe qu'ils le peuvent.
Comme la Banque mondiale l'a reconnu dans de multiples analyses du financement de l'énergie, Le risque de change demeure l'un des principaux freins à l'investissement privé dans les énergies décentralisées. Ignorer le risque de change ne le fait pas disparaître. Cela ne fait que le reporter sur les acteurs les plus vulnérables du système.
Pourquoi les donateurs préfèrent les annonces aux dons
Bien que cela ne soit généralement pas dit publiquement, les annonces de projets sont récompensées, tandis que leur mise en œuvre est compliquée.
Les engagements font les gros titres. Les décaissements exigent un suivi, un partage des risques et de la patience. L'économie politique de l'aide privilégie souvent le premier au second.
Un engagement de 100 millions de TP4T semble transformateur, tandis qu'un versement trimestriel de 5 millions de TP4T paraît modeste, même s'il permet en réalité de maintenir en activité des dizaines de mini-réseaux.
Cette tendance à privilégier les annonces crée une dangereuse illusion de progrès. Sur le papier, le secteur des mini-réseaux en Afrique semble bien financé, mais sur le terrain, les développeurs peinent à survivre. Le plus souvent, les systèmes énergétiques échouent non pas par manque d'ambition, mais par manque de financements axés sur la mise en œuvre. Et les mini-réseaux en sont l'exemple le plus flagrant.
À quoi ressemblerait un correctif
La bonne nouvelle, c'est que ce problème est soluble si les institutions choisissent d'agir.
Voici ce que pourrait inclure un plan de réparation réaliste.
1. Vérification plus rapide et standardisée
La vérification devrait être :
- Priorité au numérique, pas au papier ;
- standardisé dans tous les programmes;
- à durée déterminée, avec des déclencheurs de décaissement automatiques.
Si une société de paiement mobile peut régler des millions de transactions par jour, les donateurs d'énergie peuvent vérifier une installation solaire sans attendre un an.
2. Absorption du risque de change
Les financements publics et concessionnels devraient absorber le risque de change, et non le déléguer aux promoteurs immobiliers.
Cela peut se faire par le biais de :
- guichets de prêt en monnaie locale;
- garanties de change partielles ;
- Tarifs indexés pour les mini-réseaux desservant les utilisateurs productifs.
Sans cela, les capitaux privés continueront de se tenir à l'écart.
3. Facilités de fonds de roulement
Les développeurs de mini-réseaux ne font pas faillite à cause de la faiblesse de leurs actifs, mais à cause d'un mauvais alignement des flux de trésorerie.
Des facilités de fonds de roulement dédiées et liées à des processus de déploiement vérifiés permettraient de stabiliser le secteur presque immédiatement.
4. Considérez les mini-réseaux comme une infrastructure, et non comme des startups.
Les mini-réseaux sont des infrastructures dont la durée de vie est de 20 à 25 ans. Les financer comme des projets à court terme est une erreur de catégorisation.
Des échéances plus longues, des capitaux à moindre coût et un traitement politique prévisible permettraient de réaliser des économies d'échelle.
Pourquoi cela est important au-delà de l'électricité
Les mini-réseaux ne se résument pas à l'énergie. Ils concernent aussi le temps, la dignité et les possibilités économiques.
L'électricité, lorsqu'elle est fiable, transforme discrètement le quotidien. Elle détermine si une infirmière peut compter sur le maintien de la température du réfrigérateur à vaccins pendant la nuit, si une sage-femme accouche sous une lumière constante ou à la lueur d'une lampe torche vacillante, et elle influe également sur la conservation des médicaments, les pannes de matériel et les reports de soins au lendemain matin.
Dans les ateliers et les petites usines, un approvisionnement fiable en énergie transforme les comportements de manière tout aussi radicale. Il permet aux entrepreneurs d'investir dans de meilleurs outils, d'embaucher du personnel en toute confiance et de respecter des délais impossibles à tenir en raison de réseaux électriques instables. Il transforme les entreprises en difficulté en entreprises florissantes et métamorphose l'énergie, d'une contrainte en un atout.
Sur les marchés, l'éclairage prolonge les heures d'ouverture et améliore la sécurité. Les commerçants gagnent davantage. Les rues s'animent au lieu d'être désertées. L'économie informelle se structure. Il ne s'agit pas d'avantages abstraits liés au développement : les changements sont immédiats en matière de revenus, de sécurité et d'opportunités.
Lorsque le financement des mini-réseaux est bloqué, les cliniques continuent de rationner les soins. Les entreprises reportent leurs investissements. Les communautés restent paralysées par l'incertitude. Le temps s'écoule quotidiennement, insidieusement et de façon cumulative.
Et le temps, dans le développement, n'est jamais neutre. Il amplifie soit le progrès, soit la privation.
La vraie question
Le secteur des mini-réseaux en Afrique n'a pas besoin d'un nouveau projet pilote. Il n'a pas besoin d'un nouvel engagement de façade, ni d'une nouvelle conférence sur le climat ou l'énergie. Ce dont il a besoin, c'est de financements pour avancer.
Si seulement 141 000 milliards de dollars des fonds promis sont effectivement mis en œuvre, le problème n'est pas l'ambition, mais la responsabilité.
Les mini-réseaux sont prêts. Les communautés sont prêtes. Les développeurs sont prêts.
La question est de savoir si les institutions qui prétendent soutenir la transition énergétique de l'Afrique sont prêtes à agir, et pas seulement à faire des annonces.
“ Le problème des mini-réseaux en Afrique n'est pas d'ordre technologique. C'est un problème de confiance, et la confiance se construit par la mise en œuvre de solutions concrètes. ”
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Vincent Egoro est une voix africaine de premier plan en matière de transition énergétique juste, d'élimination progressive des combustibles fossiles et de gouvernance des minéraux critiques. Fort de plus de dix ans d'expérience en plaidoyer régional, il œuvre à l'intersection de la transparence, de la responsabilité et de la durabilité, promouvant des solutions communautaires qui placent l'Afrique au cœur de l'action climatique mondiale.


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