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Lorsque les négociateurs de la COP30 ont annoncé de nouveaux engagements financiers pour le climat à Belém, j'ai repensé aux enfants que j'avais rencontrés plus tôt cette année dans un village près de Makurdi, au Nigéria. Six garçons et filles, penchés sur leurs manuels scolaires, sous une simple lampe à pétrole, les yeux plissés par la faible lueur jaune, s'étaient mis à étudier. On entendait le bourdonnement des insectes, le bruissement des pages et le rythme silencieux de ces enfants qui tentaient d'apprendre dans une obscurité qui ne devrait plus exister.
Ce sont ces enfants que la COP30 était censée aider.
Ce sont les enfants qui attendent encore.
Lors des conférences sur le climat, on parle en milliards : 300 milliards de dollars d’ici 2035, un financement de l’adaptation triplé, des stratégies de transition vers des énergies renouvelables, des feuilles de route volontaires, etc. Mais pour l’enfant africain, la vraie question est simple :
“ Cela apportera-t-il la lumière dans ma maison ? ”
Pour l'instant, la réponse reste incertaine.
Des promesses sans pouvoir
La COP30 a donné au monde de nombreuses déclarations, feuilles de route et projections financières, mais très peu d'engagements contraignants. Pour l'Afrique, où 600 millions de personnes n'ont toujours pas accès à l'électricité et où près d'un milliard dépendent du bois de chauffage ou du charbon de bois pour cuisiner, cette ambiguïté est un fardeau.
Ces nouveaux engagements financiers semblent historiques. Sur le papier, ils le sont. Mais l'Afrique a déjà connu des promesses de financement : les 100 milliards de dollars promis par Copenhague, les objectifs d'adaptation de l'Accord de Paris et les engagements de Glasgow visant à tripler l'accès aux investissements. Certains ont été retardés. La plupart n'ont jamais été concrétisés. D'autres ont été réaffectés ou rebaptisés.
Il s'agit de l'écart entre ambition politique et livraison pratique, et les enfants africains grandissent dans cet écart.
Lors de la COP30, les dirigeants se sont engagés à tripler les financements alloués à l'adaptation d'ici à 2035. Ils ont réaffirmé un programme de financement climatique de 300 milliards de dollars par an. Ils ont adopté un nouvel Objectif mondial d'adaptation, assorti de 59 indicateurs. Ils ont lancé de nouveaux partenariats pour l'accès à une électricité propre, l'extension des réseaux électriques et l'accès à des solutions de cuisson propres dans les écoles.
Ce sont de bons signaux.
Mais les signaux n'éclairent pas les salles de classe.
Ils ne fournissent pas d'énergie aux cliniques.
Elles ne permettent pas de réduire les 2,5 millions de décès annuels dus à la pollution de l'air intérieur.
Les enfants ne peuvent pas étudier sur la base de déclarations.
L'enfant africain au centre de la transition
Lorsque l'Afrique débat de l'énergie, les enfants sont presque systématiquement oubliés. On se concentre sur les mégawatts, les flux d'investissement, les lignes de transport d'électricité et les ressources minières. Pourtant, ce sont les enfants qui subissent de plein fouet les conséquences d'une transition énergétique ratée.
Ils inhalent la fumée des cuisines chauffées au bois.
Ils apprennent dans des salles de classe surchauffées et mal ventilées.
Ils boivent de l'eau non potable lorsque les pompes tombent en panne.
Ils manquent l'école pendant les inondations et les vagues de chaleur.
Ils dorment sans climatisation pendant les nuits de chaleur mortelle.
Ils voient des communautés déracinées par la sécheresse ou les tempêtes.
L'énergie n'est pas un secteur.
C'est le fondement de l'enfance.
Voilà pourquoi la COP30 est importante : non pas parce que les dirigeants ont signé des documents, mais parce que ses résultats détermineront si une génération d’enfants africains grandira dans la dignité ou dans le dénuement.
Points forts et points faibles de la COP30
1. Une transition vers l'accès à l'énergie (mais lente et sous-financée)
Pour la première fois depuis des années, la COP30 a explicitement reconnu l'accès universel à l'électricité et la cuisson propre comme des éléments essentiels de la lutte contre le changement climatique. Des initiatives telles que le Plan d'accès à l'électricité des Nations Unies (2035) et la plateforme « Cuisine propre dans les écoles » offrent aux gouvernements africains de véritables leviers pour exiger un soutien.
Mais ces plateformes sont facultatives.
Il n'existe aucun financement garanti.
Les délais s'étendent bien au-delà de l'urgence à laquelle les enfants sont confrontés au quotidien.
2. L'ambivalence face aux combustibles fossiles (Pécher la vie des plus vulnérables)
L'absence d'une politique contraignante d'élimination progressive des énergies fossiles, remplacée par des trajectoires de transition volontaires, n'est pas un simple faux pas diplomatique. C'est un avenir marqué par les canicules, les inondations, les mauvaises récoltes et la famine.
Chaque année de retard aggrave les chocs climatiques dont héritent les enfants africains.
3. Financement de l'adaptation : prometteur, mais retardé
Tripler les financements pour l'adaptation d'ici 2035 est un objectif trop lointain pour les communautés déjà touchées par les catastrophes climatiques. De nombreux gouvernements africains ont besoin de financements pour l'adaptation. maintenant, Pas avant dix ans. Les enfants qui subissent aujourd'hui les vagues de chaleur extrêmes ne peuvent pas attendre 2035.
4. Le mécanisme de transition juste (promesse sans pouvoir)
Un cadre pour une transition juste est certes le bienvenu. Mais sans financement, il s'agit d'une déclaration morale, et non d'un outil structurel. Pour les enfants des villes charbonnières, des régions pétrolières et des communautés minières, un retard dans la justice équivaut à un déni d'enfance.
L'électricité est la voie vers le possible
La vie d'un enfant africain est façonnée par un fait simple :
L'électricité détermine les opportunités.
Un enfant qui a accès à la lumière peut étudier.
Un enfant doté de pouvoirs peut rafraîchir une pièce pendant les vagues de chaleur.
Un enfant qui possède un réfrigérateur peut consommer des aliments et des médicaments en toute sécurité.
Un enfant dont les parents sont bien connectés bénéficie d'une stabilité économique.
Un enfant né avec une clinique équipée d'un système de ventilation assistée arrive au monde en meilleure santé.
Pourtant, des millions d'enfants africains grandissent dans l'obscurité.
L'obscurité n'est pas neutre.
L'obscurité est un programme d'enseignement, un programme qui enseigne la limitation.
Quand les dirigeants de la COP30 parlent de chiffres et d'objectifs, j'entends ces enfants tourner les pages d'une lampe à la flamme vacillante, leur avenir s'amenuisant à chaque heure passée sans électricité.
Ce que les gouvernements africains doivent exiger après la COP30
Nous ne pouvons pas attendre le rythme du monde.
L'Afrique doit négocier, planifier et agir avec clarté.
1. Considérer l'accès à l'énergie comme un droit humain
L'accès universel à l'électricité ne doit pas être perçu comme un développement ; c'est une question de dignité.
2. Canaliser les financements d'adaptation vers les infrastructures énergétiques
Nous devons adapter nos réseaux électriques au changement climatique, décentraliser les systèmes énergétiques et développer des mini-réseaux.
3. Prioriser la cuisson propre en tant qu'urgence de santé publique
Les programmes d'alimentation scolaire, les dispensaires et les communautés rurales doivent être les premiers bénéficiaires.
4. Utiliser les minéraux critiques pour l'industrialisation de l'Afrique
Nous ne pouvons pas exporter du cobalt pour alimenter le monde en énergie si nos enfants vivent sans lumière.
5. Mettre en place des mécanismes de financement prioritairement africains
Les capitaux nationaux, les fonds de pension, les fonds souverains et les obligations de la diaspora doivent compléter la finance mondiale.
Une conclusion morale
La transition énergétique ne concerne pas uniquement le carbone.
Il s'agit des enfants, de leur avenir, de leur santé, de leur sécurité, de leur espoir.
Quand je pense à la COP30, je ne vois ni podiums ni promesses d'engagement.
Je vois les six enfants sous la lampe à pétrole.
Je vois leurs yeux mi-éclairés par la flamme, mi-perdus dans l'ombre.
Je vois des enfances qui pourraient être emplies de lumière, de technologie et de créativité, freinées par un problème que le monde sait déjà résoudre.
Si la COP30 doit avoir une signification, elle doit signifier ceci :
Aucun enfant africain ne devrait grandir dans l'obscurité.
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Vincent Egoro est une voix africaine de premier plan en matière de transition énergétique juste, d'élimination progressive des combustibles fossiles et de gouvernance des minéraux critiques. Fort de plus de dix ans d'expérience en plaidoyer régional, il œuvre à l'intersection de la transparence, de la responsabilité et de la durabilité, promouvant des solutions communautaires qui placent l'Afrique au cœur de l'action climatique mondiale.


