African natural gas facility with pipelines under sunset, reflecting the tension between Africa’s gas ambitions and global green energy commitments.
Une installation de gaz naturel sur le littoral africain, encadrée par des lignes de transport et un horizon qui s'estompe — une métaphore visuelle de la lutte du continent pour concilier les plans de développement axés sur le gaz avec la pression mondiale croissante en faveur d'une transition rapide vers les énergies vertes.

Le G20 souhaite un avenir énergétique vert, mais qu'est-ce que cela signifie pour les ambitions gazières de l'Afrique ?

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Le matin même où le G20 publiait sa Déclaration sur l'Afrique du Sud, une haute fonctionnaire à Abuja confiait à une collègue, sur un ton mi-amusé, mi-las : “ Je parie qu'ils veulent qu'on soit écologistes, mais pas trop ; qu'on utilise du gaz, mais pas trop ; qu'on s'industrialise, mais sans froisser personne. ” Elle riait à moitié, mi-las. Car pour les gouvernements africains, ce jeu d'équilibriste entre ambition et attentes est devenu monnaie courante.

La dernière déclaration du G20 témoigne d'une forte volonté mondiale de transition vers un avenir énergétique vert. Mais, sous-jacente à ce qui est dit et à ce qui est délibérément tu, une réalité préoccupante se dessine pour l'Afrique. Les économies les plus riches du monde souhaitent une action climatique rapide. L'Afrique souhaite un accès à l'énergie, des emplois et l'industrialisation. Le gaz se trouve à un carrefour instable.

Le message du G20 est audacieux, mais ses omissions sont encore plus retentissantes.

Une ambition verte sans sortie des énergies fossiles

La déclaration défend avec une confiance impressionnante les énergies renouvelables, l'efficacité énergétique et les transitions justes. Le paragraphe 25 engage la communauté internationale à Tripler la capacité mondiale d'énergie renouvelable d'ici 2030 et doubler l'efficacité énergétique. Le paragraphe 26 appelle à des transitions “ justes, inclusives et abordables ”. Le paragraphe 28 annonce le plan Mission 300 visant à fournir de l’électricité à 300 millions d’Africains d’ici 2030.

Mais lorsqu'il s'agit des combustibles fossiles, moteur de nombreuses économies africaines, la déclaration marque un recul prudent.

Il n'existe aucun appel explicite à l'élimination progressive des combustibles fossiles.

Aucun engagement n'a été pris concernant la réduction progressive de la production de pétrole et de gaz.

Le document préconise plutôt :

  • “ voies diversifiées ” pour les pays (Paragraphe 27)
  • une “ approche technologiquement neutre ” (Paragraphe 27)
  • soutien aux “ technologies à émissions nulles et faibles ”, y compris la réduction des émissions (paragraphe 25)

Ce langage, ambigu, flexible et non engageant, laisse la porte grande ouverte à la poursuite de l'exploitation du gaz naturel. Pour les gouvernements africains, il fait office de feu vert diplomatique.

Le G20 aspire à l'ambition, certes. Mais il souhaite aussi la stabilité. Et la stabilité passe toujours par le gaz.

L'Afrique à l'ère du gaz : un impératif de développement

Les dirigeants africains affirment, souvent avec force, que le gaz n'est pas un luxe, mais une nécessité pour le développement.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes.

Selon l'Agence internationale de l'énergie,

  • 600 millions d'Africains n'ont pas accès à l'électricité, et
  • Plus d'un milliard de personnes cuisinent encore avec de la biomasse.,
    comme réaffirmé au paragraphe 23 de la déclaration du G20.

Parallèlement, l’Afrique émet moins de 4 % des émissions mondiales, et pourtant ses économies sont confrontées aux déficits de développement les plus importants :

  • taux d'accès à l'électricité le plus bas (40 %),
  • part la plus faible de la production manufacturière mondiale (moins de 3 %),
  • croissance démographique la plus élevée et
  • graves lacunes en matière d'infrastructures.

Pour de nombreux pays africains, le gaz est le combustible de transition qui pourrait :

  • centrales électriques,
  • réduire la déforestation,
  • production d'engrais combustibles,
  • créer des emplois,
  • stabiliser les réseaux, et
  • Soutenir la croissance des villes pendant le développement des énergies renouvelables.

Des pays comme le Sénégal, le Mozambique, la Côte d'Ivoire, la Tanzanie et le Nigeria considèrent le gaz comme la pierre angulaire de leur avenir industriel.

La déclaration du G20 ne conteste pas directement ce point de vue, mais elle complexifie les mécanismes d'investissement nécessaires à sa mise en œuvre.

Investissement : le cœur fragile de l'avenir gazier de l'Afrique

L'ambition climatique de cette déclaration influence davantage les marchés financiers que la souveraineté nationale.

Et c'est là que réside la menace silencieuse qui pèse sur les ambitions gazières de l'Afrique.

Alors que les membres du G20 renforcent leurs cadres de financement climatique et leur alignement sur la neutralité carbone, les projets gaziers africains peinent de plus en plus à obtenir :

  • financement à long terme,
  • assurance contre les risques politiques,
  • garanties de prêt,
  • taux d'intérêt favorables,
  • accords d'achat à long terme.

La Banque africaine de développement avertit que les réglementations climatiques mondiales pourraient restreindre les flux de capitaux vers de nouveaux projets d'exploitation des combustibles fossiles en Afrique, alors même que l'Europe et l'Asie continuent de constituer des réserves d'approvisionnement pour leur propre sécurité énergétique.

Le danger est clair :
L'Afrique pourrait être autorisée à poursuivre l'exploitation du gaz sur le plan politique., mais on lui a refusé le financement nécessaire pour la rendre économiquement viable.

La déclaration reconnaît indirectement cette contradiction aux paragraphes 54 à 60, qui appellent à une réforme de l'architecture financière mondiale. Mais ces engagements sont vagues, lents à se concrétiser et insuffisants pour modifier la situation financière à court terme.

C'est là le cœur du dilemme de l'Afrique.

La question de la transition juste : quel avenir est négocié ?

Le G20 insiste à plusieurs reprises sur les “ transitions justes ” (paragraphes 26 et 30). Or, la justice est perçue différemment à Abuja qu'à Berlin ou à Tokyo.

Dans un pays où 70 % des ménages dépendent du bois de chauffage, “ abandonner progressivement les combustibles fossiles ” n’est pas une stratégie climatique, mais une menace pour la santé publique.

Pour un pays où l'industrie est quasi inexistante, le débat ne porte pas sur la neutralité carbone ; il s'agit de zéro.

Il faut reconnaître à cette déclaration le mérite de placer la précarité énergétique en Afrique au cœur des préoccupations mondiales. Le paragraphe 23 énumère des réalités alarmantes :

  • 600 millions de personnes sans électricité
  • 1 milliard sans cuisine propre
  • 2 millions de décès prématurés par an dus aux émanations de cuisson polluantes

Il s'agit là de l'une des reconnaissances les plus fortes de la double crise africaine – pauvreté et climat – que nous ayons vues jusqu'à présent dans un document du G20.

Mais si la justice signifie accès, dignité et développement, alors l'Afrique a besoin de :

  • Investissements massifs dans les énergies renouvelables,
  • mais aussi de la place pour les carburants de transition,
  • voies d'industrialisation,
  • intégration régionale du gaz,
  • et le développement de la main-d'œuvre pour garantir la souveraineté énergétique.

Le discours du G20 soutient cette vision, mais ses engagements financiers ne la soutiennent pas.

Sur le terrain : la réalité humaine de l'incertitude

Prenons l'exemple de ces jeunes hommes de Palma, au nord du Mozambique, qui s'y sont installés il y a des années lorsque le plus grand projet de GNL d'Afrique leur a promis emplois, stabilité et renaissance économique. La construction a ralenti en raison de l'insécurité, puis de la volatilité des marchés mondiaux. Aujourd'hui, les investisseurs soucieux du climat hésitent à revenir.

Ou encore les communautés de la région de Saint-Louis au Sénégal qui espéraient que les recettes gazières permettraient d'améliorer les écoles, de garantir un approvisionnement stable en électricité et de créer de nouvelles industries. Aujourd'hui, les échéanciers ont changé. Les financements ont évolué. Les promesses se concrétisent plus lentement que prévu.

Ces communautés ne débattent pas des trajectoires d'émissions. Elles débattent de leurs moyens de subsistance.

Pour eux, la politique climatique n'est pas un concept diplomatique. C'est la différence entre un avenir et une régression.

Ce que l'Afrique doit faire, pendant que le monde décide de son rythme

Pour éviter de devenir une victime collatérale de la transition mondiale, l'Afrique doit repositionner intelligemment sa stratégie gazière.

1. Intégrer le gaz dans une transition axée sur les énergies renouvelables

Le gaz ne doit pas supplanter les énergies renouvelables, il doit les compléter.
Cela correspond au scénario de l'AIE selon lequel le gaz pourrait soutenir les réseaux électriques africains tandis que l'énergie solaire et éolienne deviendraient dominantes.

2. Plaider en faveur d'un financement du gaz à taux préférentiels

Si le monde souhaite une transition plus rapide de l'Afrique, les capitaux internationaux doivent en assumer une partie des coûts. Les paragraphes 54 à 59 le laissent entendre : l'Afrique doit redoubler d'efforts.

3. Développer des corridors gaziers régionaux

Les pipelines partagés et les plateformes de GNL permettent de réduire les coûts et de minimiser les risques d'actifs immobilisés.

4. Lier tous les projets gaziers aux systèmes de contenu et de compétences locaux

Finies les chaînes de valeur axées uniquement sur l'exportation.
Plus de projets sans techniciens, ingénieurs et opérateurs africains.

5. Ancrer le gaz dans la souveraineté africaine

La déclaration stipule explicitement que la sécurité énergétique est “ fondamentale pour la souveraineté ” (Paragraphe 24).
L'Afrique devrait citer cette phrase haut et fort.

Une dernière réflexion : l’Afrique n’est pas en marge de cette transition. Elle est au cœur.

Le G20 aspire à un avenir vert. L'Afrique, elle, en veut un juste.
Entre ces deux visions se joue une négociation sur les priorités qui façonneront l'avenir.

Les ambitions gazières de l'Afrique ne constituent pas un obstacle aux progrès climatiques mondiaux ; elles sont une revendication de justice, de temps, d'investissement et d'une trajectoire de développement qui ne reproduise pas les inégalités du passé. La déclaration du G20 pourrait orienter le monde vers un avenir plus vert.
Mais l’avenir de l’Afrique dépendra de la capacité du monde à concilier développement et décarbonation.

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