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L'Afrique développe ses capacités en énergie propre à un rythme sans précédent dans son histoire moderne. Du vaste complexe solaire Noor au Maroc aux parcs éoliens du Kenya, en passant par l'essor des installations photovoltaïques sur les toits en Afrique du Sud et le secteur en pleine expansion des mini-réseaux au Nigeria, une véritable révolution est en cours. Selon les dernières données Analyse de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), L'Afrique devrait accroître sa capacité solaire au cours de la prochaine décennie davantage qu'au cours des trois dernières années réunies. L'agence prévoit que l'énergie solaire pourrait à elle seule représenter près de 40 % des nouvelles capacités de production d'électricité sur le continent.
Il ne s'agit pas simplement d'une étape importante ; il s'agit d'une transformation.
Et pourtant, l'Afrique demeure le continent de la pénurie énergétique.
Plus de 600 millions de personnes vivent encore sans électricité, et près d'un milliard dépendent du bois de chauffage ou du charbon de bois pour cuisiner. Les entreprises continuent de fonctionner à la merci de réseaux électriques peu fiables. Dans des dizaines de pays, les foyers subissent des coupures de courant quotidiennes. Les dispensaires, les exploitations agricoles et les écoles sont en difficulté non pas par manque d'innovation, mais par manque d'électricité.
L'Afrique vit avec une contradiction :
Elle est en train de devenir un acteur majeur des énergies renouvelables tout en restant pauvre en énergie.
C’est le paradoxe central que soulignent aujourd’hui l’AIE, la Banque africaine de développement (BAD) et de nombreuses institutions politiques. L’essor du solaire en Afrique est bien réel, mais ses bénéfices restent inégalement répartis. L’offre augmente, mais l’accès stagne obstinément. La capacité de production se développe, mais la consommation ne suit pas.
La question qui se pose aux décideurs politiques n'est pas de savoir si un avenir renouvelable pour l'Afrique est possible ; c'est de comprendre pourquoi cet avenir reste si éloigné des foyers, des entreprises et du quotidien des populations.
La promesse : la décennie dorée des énergies renouvelables en Afrique
Le dernier rapport de l'AIE sur les perspectives énergétiques en Afrique (2025) dresse un tableau d'une dynamique croissante. Les installations solaires s'accélèrent, portées par la baisse des coûts technologiques, l'esprit d'entreprise local et le renforcement des objectifs nationaux. Le Kenya tire déjà plus de 90 % de son électricité des énergies renouvelables. L'Afrique du Sud, malgré ses coupures de courant fréquentes, a connu une hausse record des installations solaires sur les toits. Au Nigéria, les systèmes solaires décentralisés fournissent désormais chaque année une capacité de production supérieure à celle du réseau électrique national.
Les facteurs à l'origine de cet essor sont importants :
1. Baisse des coûts de la technologie solaire
Le prix des modules solaires a diminué de plus de 80 % au cours de la dernière décennie, rendant les installations à petite échelle et à grande échelle plus abordables.
2. Dynamisme du secteur privé
Les entreprises de production d'énergie décentralisée, les développeurs de mini-réseaux et les start-ups de technologies propres redessinent les contours des marchés, du Sénégal à l'Éthiopie. L'Afrique devient un véritable laboratoire d'innovation en matière d'électrification.
3. Objectifs nationaux en matière d'énergie propre et groupements énergétiques régionaux
Les pays s'engagent à développer des réseaux électriques plus vastes et mieux intégrés. Les groupements d'achat d'énergie d'Afrique orientale et australe (Eastern and Southern Africa Power Pools) offrent un potentiel d'échanges énergétiques transfrontaliers, permettant aux pays disposant d'un surplus d'énergie solaire ou éolienne d'aider leurs voisins.
4. Signaux du financement mondial pour le climat
Lors de la COP29 et en amont de la COP30, de nouveaux engagements de financement concessionnel ont été proposés afin de développer les énergies renouvelables en Afrique. L'initiative de l'UE “ Accroissement des énergies renouvelables en Afrique ”, qui doit se conclure lors du G20 à Johannesburg, a suscité l'espoir d'une nouvelle vague de financements pour développer l'énergie solaire et les capacités de réseau.
Cette dynamique est significative. L'Afrique installe aujourd'hui plus de panneaux solaires que jamais auparavant. Mais une augmentation des installations ne garantit pas une augmentation de l'accès à l'énergie solaire.
Le paradoxe : pourquoi le boom solaire n'a pas encore profité au peuple
Malgré cet enthousiasme, d'importants obstacles structurels empêchent le potentiel des énergies renouvelables africaines d'améliorer le quotidien des populations.
1. Goulots d'étranglement du réseau : le maillon faible du système
La capacité solaire augmente, mais la capacité du réseau électrique ne suit pas. Les lignes de transport, les sous-stations et les réseaux de distribution sont obsolètes, sous-financés et souvent incapables d'absorber la nouvelle production d'électricité.
Dans de nombreux pays, de nouvelles centrales solaires sont construites, mais ne peuvent évacuer leur production d'électricité car le poste de transformation le plus proche est saturé. Selon l'AIE, l'Afrique a besoin de 30 à 40 milliards de dollars par an d'investissements dans ses réseaux électriques pour soutenir ses ambitions en matière d'énergies renouvelables, soit plus du double des investissements actuels. Pour que l'essor des énergies renouvelables en Afrique se traduise par un accès à l'électricité pour les ménages, une modernisation des réseaux électriques d'une ampleur historique sera nécessaire.
2. Les services publics aux prises avec des difficultés financières
De nombreuses entreprises de services publics africaines sont confrontées à des déficits structurels. Les tarifs ne permettent souvent pas de couvrir intégralement les coûts, le recouvrement des recettes est faible et la dépendance à l'égard de coûteux systèmes de secours au diesel pèse lourdement sur les budgets. Les investisseurs hésitent à signer des contrats d'approvisionnement en électricité à long terme avec des acheteurs dont la situation financière est fragile.
Cela crée un cercle vicieux :
Services publics faibles → investissements limités → faible fiabilité → revenus en baisse → services publics plus faibles.
Tant que les services publics ne seront pas réformés par la modernisation des tarifs, la création d'entités de distribution dédiées, des partenariats avec le secteur privé ou la numérisation des systèmes de facturation, la croissance des énergies renouvelables restera structurellement limitée.
3. Autorisations lentes et fragmentées
L'obtention des autorisations pour les projets d'énergies renouvelables en Afrique peut prendre de 18 mois à plus de trois ans. Le processus est souvent fragmenté et réparti entre ministères, agences et entreprises publiques. Cela contraste fortement avec des régions comme l'Europe, où des lois d'autorisation accélérées sont mises en place pour faciliter le développement de l'éolien et du solaire.
En Afrique, les difficultés liées à l'obtention des permis ne sont pas seulement d'ordre bureaucratique ; elles sont existentielles. Les retards d'approbation entraînent des coûts de financement plus élevés, des opportunités d'investissement manquées et des projets qui n'aboutissent jamais.
4. Le potentiel des mini-réseaux encore inexploité
Les mini-réseaux demeurent l'une des solutions d'électrification les plus prometteuses d'Afrique, notamment pour les communautés rurales. Plus propres, plus rapides à déployer et souvent plus fiables que les réseaux nationaux, ils ne reçoivent pourtant qu'une fraction des investissements nécessaires.
De nombreux investisseurs considèrent encore les mini-réseaux comme risqués. Les décideurs politiques manquent souvent de cadres pour intégrer les mini-réseaux dans les plans nationaux. Par ailleurs, les subventions aux générateurs diesel, une pratique courante sur le continent, faussent les marchés et nuisent aux énergies renouvelables.
5. Les ressources de stockage et d'équilibrage sont sous-développées
Avec le développement de l'énergie solaire et éolienne, l'Afrique aura besoin de batteries, de centrales hydroélectriques à pompage-turbinage et d'autres solutions de stockage pour garantir la stabilité de son approvisionnement. Or, les infrastructures de stockage restent sous-développées, notamment en raison des coûts d'investissement élevés et du manque d'incitations réglementaires. Sans investissements dans le stockage, les pays riches en énergie solaire auront du mal à assurer l'approvisionnement en électricité après le coucher du soleil.
C’est là que les richesses minérales critiques de l’Afrique devraient avoir le plus d’importance. Des pays comme la République démocratique du Congo, la Zambie et la Namibie possèdent de vastes réserves de minéraux pour batteries, pourtant leur transformation et leur fabrication y sont très peu pratiquées.
L'Afrique ne doit pas seulement déployer des batteries ; elle doit aussi les fabriquer.
Pourquoi la croissance des énergies renouvelables n'est pas synonyme d'accès à l'énergie
Le cœur du défi énergétique de l'Afrique ne réside pas dans la production, mais dans l'équité.
Les grands projets solaires alimentent souvent les réseaux nationaux sans pour autant améliorer l'accès local à l'électricité. Les foyers situés à proximité des centrales solaires restent privés d'électricité. Les communautés rurales sont dépourvues de réseaux de distribution. Les quartiers informels urbains sont confrontés à des câblages dangereux et à des raccordements irréguliers. Même lorsque l'électricité est disponible, les ménages n'ont pas les moyens de se la payer.
La Commission africaine de l'énergie estime que l'Afrique doit tripler ses investissements annuels liés à l'accès à l'électricité pour parvenir à une électrification universelle d'ici 2035, alors même que la capacité solaire augmente rapidement.
Sans lier la croissance des énergies renouvelables à la justice énergétique, la transition reproduira les anciennes inégalités sous une nouvelle bannière.
Ce qui doit changer : un plan pour transformer la capacité en accès
Pour que l'essor des énergies renouvelables en Afrique se traduise par des améliorations concrètes pour les populations et les entreprises, le continent doit entreprendre des réformes structurelles sur quatre fronts :
1. Un accroissement massif des investissements dans les réseaux électriques
Les gouvernements, les banques de développement et les financiers privés doivent traiter l'extension du réseau électrique avec la même urgence que la production d'électricité. Les corridors de transport d'électricité, la modernisation de la distribution urbaine et l'extension du réseau rural doivent être prioritaires.
2. Intégration des mini-réseaux et réforme des subventions
Les mini-réseaux doivent être intégrés à la planification nationale. Des pays comme le Nigéria et l'Éthiopie démontrent que, grâce à des politiques publiques adaptées, les mini-réseaux peuvent électrifier les zones rurales bien plus rapidement que l'extension du réseau centralisé. Les subventions au diesel doivent être progressivement supprimées, dans la mesure du possible, afin d'éviter toute distorsion du marché.
3. Accélération des autorisations et harmonisation réglementaire
L’Afrique a besoin d’un système d’autorisation accéléré pour les projets d’énergies renouvelables, avec des échéanciers précis, un guichet unique et des procédures transparentes. Le rythme d’approbation doit être à la hauteur de l’urgence de l’électrification.
4. Marchés locaux de fabrication et de stockage
L'Afrique doit passer du statut de consommatrice de technologies renouvelables à celui de productrice. Les politiques publiques devraient encourager la création d'usines d'assemblage de batteries, de fabricants d'onduleurs et d'usines de composants solaires. Cela permettrait de réduire les coûts, de renforcer les chaînes d'approvisionnement et de créer des emplois qualifiés.
Conclusion : L’essor du solaire doit se transformer en révolution de l’accès à l’énergie.
Le développement des énergies renouvelables en Afrique est l'une des histoires les plus porteuses d'espoir de la décennie. Mais l'espoir seul ne suffit pas à éclairer les foyers ni à alimenter les usines. La transition doit être évaluée non pas en fonction de la capacité installée, mais en fonction de Les vies se sont améliorées.
Le développement de l'énergie solaire et éolienne démontre ce qui est possible. Il appartient désormais au continent de prouver ce qui est réalisable.
Si les investissements dans le réseau électrique s'accélèrent, que les services publics sont réformés, que les mini-réseaux se généralisent et que le stockage devient une priorité continentale, le boom solaire en Afrique peut devenir plus qu'un simple fait divers ; il peut se transformer en une révolution en matière d'accès, de justice et d'opportunités.
“ L’Afrique ne manque pas de lumière. Elle manque des systèmes qui la distribuent. ”
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