Financer le retournement de situation : pourquoi la transition énergétique propre en Afrique est au point mort et comment la débloquer

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Le monde connaît actuellement le plus grand boom des investissements énergétiques de l'histoire. Selon les L’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoit que les dépenses mondiales en énergie propre dépasseront 3 300 milliards de dollars en 2025., Portée par une croissance record dans les secteurs du solaire, des réseaux électriques, des véhicules électriques et de la fabrication de batteries, la Chine, l'Europe et les États-Unis redéfinissent leurs stratégies industrielles à une échelle sans précédent. Les capitaux affluent, les marchés s'étendent et les chaînes d'approvisionnement se réorganisent.

Pourtant, derrière cet essor mondial se cache une contradiction flagrante et troublante : l’Afrique reste largement à l’écart de cette dynamique.

Malgré une population parmi les plus jeunes au monde, des villes à la croissance la plus rapide et des ressources renouvelables parmi les plus prometteuses, l'Afrique continue de recevoir une part disproportionnée des financements nécessaires à sa transition énergétique. Elle possède 601 000 milliards de tonnes de ressources solaires parmi les meilleures au monde, mais n'attire que 21 000 milliards de tonnes d'investissements solaires internationaux. Son potentiel en matière d'éolien, de géothermie et d'hydrogène vert est immense, mais elle peine à mobiliser des capitaux à long terme, même pour des projets de taille modeste.

Il ne s'agit pas simplement d'une histoire de déficits de financement ; il s'agit d'une histoire d'inégalités structurelles qui limitent la capacité de l'Afrique à participer équitablement à la transition énergétique mondiale.

Il en résulte une transition avortée : le passage de la dépendance aux énergies fossiles à la résilience énergétique grâce aux énergies propres, des réseaux vétustes aux systèmes modernes, de la précarité énergétique à l’accès universel. Sans une profonde refonte des mécanismes de financement, l’Afrique risque d’arriver trop tard, voire pas du tout, à la transition énergétique mondiale vers un avenir plus vert.

Le paradoxe de l'Afrique : riche en ressources, pauvre en capital

Le paradoxe énergétique de l'Afrique est bien documenté, mais insuffisamment pris en compte. Le continent est richement doté : un ensoleillement abondant, des vents dominants, des minéraux critiques essentiels à la production de technologies propres (notamment le cobalt, le manganèse et les terres rares) et une jeunesse active avide de perspectives d'avenir.

Pourtant, les flux d'investissement ne reflètent pas ce potentiel. L'AIE estime que l'Afrique a besoin de 90 à 100 milliards de dollars d'investissements énergétiques par an pour atteindre ses objectifs de développement et de lutte contre le changement climatique d'ici à 2030. Aujourd'hui, elle reçoit moins de 30 milliards de dollars, soit un tiers des sommes nécessaires.

Les raisons sont à la fois structurelles et systémiques :

1. Primes de risque élevées et perceptions des investisseurs

L'Afrique est souvent considérée comme un marché à haut risque, quel que soit le pays ou le projet. Les fluctuations monétaires, l'incertitude réglementaire et les performances inégales des services publics contribuent à accroître le risque perçu, ce qui renchérit les coûts d'emprunt et dissuade les investisseurs privés. Le financement est disponible à l'échelle mondiale, mais l'Afrique paie plus cher pour y avoir accès plus difficilement.

2. Réseaux électriques faibles et infrastructures inadéquates

Les énergies renouvelables ne peuvent se développer à grande échelle sans réseaux électriques robustes. Or, les investissements dans les réseaux, véritables infrastructures de la transition énergétique, demeurent parmi les besoins les plus sous-financés de l'Afrique. Les réseaux de transport sont fragiles, la couverture rurale reste insuffisante et les interconnexions transfrontalières sont limitées. Sans réseaux électriques performants, même les projets solaires les plus rentables peinent à atteindre les consommateurs.

3. Le financement concessionnel est mal adapté ou insuffisant

Les banques multilatérales de développement et les fonds climatiques agissent souvent trop lentement, les prêts restent fragmentés et les solutions en monnaie locale sont rares. Selon la Banque africaine de développement (BAD), les flux de financement climatique vers l'Afrique couvrent moins de 121 030 milliards de dollars des besoins de transition du continent, et une grande partie de ces fonds est allouée aux pays à revenu intermédiaire, au détriment des populations les plus pauvres.

4. Les besoins de développement se heurtent aux pressions de décarbonation

Les gouvernements africains doivent étendre l'accès à l'électricité, industrialiser et créer des emplois tout en décarbonant leurs économies. Face à la rareté des financements concessionnels, les dirigeants politiques se tournent, à juste titre, vers les énergies fossiles nationales pour assurer leurs recettes et leur sécurité énergétique ; un choix rationnel dicté par la limitation des options disponibles.

Le continent ne manque pas d'ambition ; il manque de capitaux abordables, de soutien structurel et d'équité mondiale.

Un goulot d'étranglement aux conséquences humaines

La crise financière n'est pas abstraite. Elle a des répercussions directes et mesurables sur le bien-être humain.

Plus de 600 millions d'Africains n'ont toujours pas accès à l'électricité, et près d'un milliard dépendent du bois de biomasse, du charbon de bois et des déchets animaux pour cuisiner. Les conséquences sanitaires sont dévastatrices : 2,5 millions de personnes meurent chaque année des suites de la pollution de l'air intérieur, principalement des femmes et des enfants.

Même là où l'électrification s'est améliorée, la fiabilité du réseau électrique demeure un problème. Selon la Banque mondiale, le continent perd chaque année entre 2 et 41 000 milliards de dollars de PIB en raison des coupures de courant et de la faiblesse des infrastructures de réseau. Les petites entreprises en pâtissent, les cliniques ne peuvent pas conserver les vaccins au frais de manière constante et les industries sont confrontées à une alimentation électrique incertaine.

L’avenir énergétique de l’Afrique ne peut se résumer aux seuls mégawatts ou aux émissions. Il doit être évalué à l’aune de son impact sur la vie des populations, leurs perspectives et leur santé.

Voici l’argument moral : la transition énergétique ne concerne pas seulement le carbone ; elle concerne la justice, la dignité et la libération du potentiel humain.

Pourquoi le retournement de situation n'a pas eu lieu : Explication des blocages structurels

Après avoir analysé les dernières projections de l’AIE, les points de vue des parties prenantes et les tendances régionales en matière d’investissement, trois blocages structurels apparaissent comme les contraintes les plus importantes à la transition énergétique propre de l’Afrique :

Blocage 1 : Les modèles d’investissement ne sont pas adaptés aux réalités africaines

Les marchés africains ont besoin de capitaux patients, de financements mixtes et de solutions en monnaie locale, et non d'investissements à court terme et à rendement élevé. Pourtant, une grande partie du financement climatique mondial reste structurée pour les marchés avancés, et non pour les marchés émergents. Les instruments qui pourraient réduire les risques liés aux investissements, tels que les garanties, les assurances et les prêts concessionnels, demeurent sous-utilisés.

Blocage 2 : La réforme du réseau et des services publics est en retard par rapport aux ambitions en matière d’énergies renouvelables

Les projets d'énergies renouvelables sont approuvés plus rapidement que les services publics ne peuvent les absorber. Les services publics en Afrique sont confrontés à des déficits d'exploitation, des structures tarifaires obsolètes et des systèmes de planification défaillants. Sans réforme, les investissements continueront de contourner les pays où les acheteurs restent trop fragiles pour garantir la rentabilité.

Blocage 3 : Les pipelines de projets sont trop petits, trop fragmentés ou trop lents.

L'Afrique ne manque pas d'idées ; elle manque de projets bancables. Les processus de planification sont lents, l'obtention des permis prend des mois, voire des années, et les projets transfrontaliers de réseaux électriques sont confrontés à une gouvernance fragmentée. Les investisseurs déplorent souvent le manque d'opportunités d'investissement importantes et prêtes à l'emploi en Afrique, non pas parce qu'elles n'existent pas, mais parce que les capacités institutionnelles pour les structurer sont limitées.

Si le monde souhaite que l'Afrique réussisse sa transition, il doit changer sa façon de financer l'Afrique.

L’Afrique ne peut pas réussir sa transition en se fondant uniquement sur des aspirations ; elle exige une refonte fondamentale de son système de financement. À partir des tendances émergentes, trois priorités se dégagent :

1. Développer le financement concessionnel pour attirer les capitaux privés

La BAD et l'AIE soulignent toutes deux que le financement concessionnel est l'outil le plus important pour débloquer la transition africaine. Les instruments qui absorbent les risques initiaux, les garanties de première perte, le capital mixte et le financement du déficit de viabilité doivent devenir la norme, et non l'exception.

2. Réformer et recapitaliser les banques multilatérales de développement

Le système actuel est trop restreint, trop lent et trop frileux face aux besoins de l'Afrique. Les rapports commandés par le G20, qui préconisent une réforme des banques multilatérales, devraient être accélérés et la voix de l'Afrique au cœur de cette refonte.

3. Développer les chaînes de valeur et les secteurs manufacturiers africains

L'Afrique ne peut pas dépendre uniquement des technologies importées. Des pays comme le Maroc, l'Égypte, le Kenya, l'Afrique du Sud et le Rwanda émergent comme des pôles industriels régionaux. Le développement de ces industries permettra de réduire les coûts, de créer des emplois et de renforcer l'attractivité des investissements.

Institut Brookings Les recherches soulignent que l'industrialisation africaine fondée sur les énergies propres pourrait créer des millions d'emplois si le financement était aligné sur la création de valeur nationale.

L'Afrique ne peut pas effectuer de transition sans agence

Un thème récurrent du discours mondial sur le climat est que l'Afrique doit attendre que les engagements financiers internationaux se concrétisent. Mais les gouvernements africains, les banques de développement et les institutions privées doivent également faire preuve d'un leadership plus affirmé.

  • Réformer les services publics pour rendre l'approvisionnement fiable.
  • Rationaliser les procédures d'autorisation afin d'accélérer les délais de projet.
  • Développer des corridors régionaux d'infrastructures vertes.
  • Renforcer les marchés de capitaux nationaux.
  • Élaborer des accords nationaux de transition rassemblant les ministères, les donateurs et le secteur privé.

Il ne s'agit pas simplement d'attirer des financements. Il s'agit de façonner les conditions de la transition africaine.

Conclusion : La transition n'aura pas lieu tant que l'argent ne circulera pas dans la bonne direction.

La transition énergétique de l'Afrique est à la fois un impératif de développement continental et une nécessité climatique mondiale. Mais l'ambition ne saurait se substituer à l'investissement, ni le potentiel à la planification.

La communauté internationale a le choix : traiter l'Afrique comme une simple option dans la transition énergétique, ou comme le fer de lance de la prochaine grande transformation économique.

La première option garantit l'échec.
Cette dernière requiert du courage, de la coordination et des capitaux.

L'Afrique est prête. Le monde doit faire sa part.

“ Le financement est le moteur de la transition énergétique. Tant que l’Afrique ne recevra pas la part qui lui revient, la promesse d’un avenir énergétique propre restera hors de portée. ”

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1 réflexion sur “Funding the Flip: Why Africa’s Clean Energy Transition Is Stuck, And How to Unblock It”

  1. Ping : Le G20 souhaite un avenir énergétique vert, mais qu'est-ce que cela signifie pour les ambitions gazières de l'Afrique ? - Transition énergétique Afrique

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