L'Afrique est de nouveau courtisée. Cette fois, le langage est plus poli : transition énergétique, minéraux critiques, infrastructures propres, financement climatique. L’urgence est plus criante, les délais plus courts et la pression pour signer est bien réelle.
Mais derrière les beaux discours, le risque structurel est bien connu. Dans la course effrénée pour obtenir des capitaux, des minéraux et des mégawatts, l'Afrique est confrontée à un choix simple : cet accord favorise-t-il le développement à long terme ou le compromet-il ?
Face à l'accélération de la transition énergétique, l'Afrique n'a pas besoin de nouveaux mémorandums d'entente. Elle a besoin de lignes rouges et de frontières claires qui protègent sa souveraineté, ses valeurs et ses populations.
Voici cinq lignes rouges que l'Afrique ne devrait jamais franchir dans les accords de transition énergétique.
1️⃣ Abandonner le contrôle stratégique des réseaux électriques
Les réseaux électriques ne sont pas seulement des infrastructures ; ce sont aussi des systèmes de pilotage économique.
La transmission et la distribution déterminent :
- Qui accède au pouvoir en premier ?
- À quel prix ?
- Et dans quel but ?
Les accords qui compromettent le contrôle public à long terme des réseaux électriques par le biais de concessions perpétuelles, de contrats de gestion opaques ou d'une répartition inégale des parts portent atteinte à la souveraineté énergétique.
Le problème n'est pas la participation du secteur privé, mais la perte de levier politique.
Selon la Banque mondiale, La faiblesse de la gouvernance des réseaux électriques est l'une des principales raisons pour lesquelles les systèmes électriques africains ne parviennent pas à fournir une électricité fiable, même là où la capacité de production existe.
Ligne rouge : L'Afrique ne devrait jamais sacrifier des capitaux à court terme au profit d'une perte permanente de contrôle du réseau électrique.
2️⃣ Exporter de la valeur brute tout en important des systèmes finis
L'Afrique fournit une grande partie des intrants qui rendent possible la production d'énergie propre, tels que le cobalt, le cuivre, le lithium, le manganèse et les métaux du groupe platine.
Pourtant, la plupart des cellules de batterie, des composants solaires, des équipements de réseau et des véhicules électriques sont fabriqués ailleurs.
L'Agence internationale de l'énergie On estime que la demande en minéraux pour les technologies d'énergie propre pourrait quadrupler d'ici 2030, mais la valorisation de ces minéraux dépendra du lieu de transformation et de fabrication, et non du lieu d'extraction.
Des offres qui :
- Verrouiller l'Afrique dans les exportations de minéraux bruts,
- Interdire ou retarder le traitement local, ou
- Exclure l'apprentissage industriel
Reprenez l'ancien modèle extractif sous une étiquette verte.
Ligne rouge : Aucun accord de transition ne devrait accélérer les exportations sans ancrer la valeur ajoutée au niveau national.
3️⃣ Accepter une dette dont la durée de vie dépasse celle de l'actif
La finance labellisée climatique reste de la finance, et souvent dette. Partout en Afrique, de nombreux projets de transition énergétique reposent sur :
- garanties souveraines,
- prêts en devises étrangères,
- des échéances longues liées à des prévisions de demande optimistes.
Le risque est clair : si les technologies évoluent, que les prix baissent ou que les réseaux électriques sont moins performants, la dette persiste tandis que les actifs se déprécient.
Le FMI a averti à plusieurs reprises que la dette d'infrastructure mal structurée, indépendamment de ses atouts climatiques, peut aggraver la vulnérabilité budgétaire.
Ligne rouge : L’Afrique ne devrait pas accepter une dette de transition qui devienne un fardeau budgétaire avant de devenir un atout pour le développement.
4️⃣ Affaiblissement des communautés au nom de la vitesse
Les transitions rapides traversent souvent des zones à faible vitesse : villes minières, zones rurales, ports côtiers et agglomérations périurbaines.
Transactions qui contournent :
- consentement de la communauté,
- protections environnementales, ou
- protection des moyens de subsistance,
susciter des réactions négatives qui finissent par retarder les projets et éroder la légitimité.
Selon la CNUCED, Les conflits sociaux liés aux projets extractifs constituent l'une des principales causes de dépassements de coûts et d'échecs de projets dans les régions en développement. La justice, dans ce contexte, relève de la gestion des risques et non d'un simple artifice moral.
Ligne rouge : Aucun accord de transition énergétique ne devrait laisser les communautés dans une situation pire qu'auparavant.
5️⃣ Verrouiller les voies sans possibilité de sortie
Les accords énergétiques les plus dangereux ne sont pas les plus polluants ; ce sont les irréversibles.
Des contrats qui :
- pénaliser la transition précoce,
- empêcher la substitution technologique, ou
- enfermer les gouvernements dans des schémas figés pendant des décennies,
et transformer le pragmatisme d'aujourd'hui en piège de demain. Dans un système énergétique en constante évolution, la flexibilité est synonyme de résilience.
Ligne rouge : L'Afrique ne devrait jamais renoncer à son droit à l'adaptation.
Pourquoi ces lignes rouges sont importantes maintenant
Le financement climatique se fragmente. Les minéraux critiques deviennent des atouts géopolitiques. Les accords bilatéraux remplacent les flux multilatéraux mutualisés.
Dans ce contexte, la rapidité est valorisée, mais la prudence est sanctionnée. La force de l'Afrique ne réside pas dans le rejet des accords, mais dans la définition des conditions de leur acceptabilité.
Ces lignes rouges sont favorables à l'avenir, et non hostiles à l'investissement.
En résumé
La transition énergétique de l'Afrique façonnera sa trajectoire de développement pour les décennies à venir.
Souveraineté sur les réseaux électriques ; valorisation des ressources minérales ; viabilité fiscale ; dignité des communautés ; flexibilité des politiques.
Ce ne sont pas des extras négociables, mais les fondements.
Tout accord qui franchit ces limites n'est pas un partenariat en transition, mais un transfert de risques. Et l'Afrique en a déjà payé le prix.
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