Comment l'Afrique peut construire les réseaux électriques les plus résilients au monde

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Partout en Afrique, les réseaux électriques tombent en panne plus fréquemment et pour des raisons plus diverses qu'auparavant. Inondations emportent les lignes de transport, vagues de chaleur surchargent les transformateurs, conflits mettent hors service des sous-stations électriques, pénuries de carburant paralysent les centrales thermiques, cybermenaces planent en sourdine, etc.

Paradoxalement, l'Afrique est peut-être mieux placée que la plupart des régions pour construire les systèmes énergétiques les plus résilients au monde, si elle choisit de privilégier la résilience face aux perturbations plutôt que la stabilité.

L'ancien modèle de planification énergétique reposait sur la prévisibilité : une croissance régulière de la demande, une production maîtrisable et des réseaux centralisés acheminant l'électricité depuis quelques grandes centrales. Ce modèle est en train de s'effondrer à l'échelle mondiale. En Afrique, il n'a d'ailleurs jamais été pleinement fonctionnel.

Aujourd'hui, c'est la résilience, et non les mégawatts, qui constitue le principal défi de la transition énergétique.

Un continent bâti sur des réseaux fragiles

L'Afrique subsaharienne perdrait environ 20 à 25 % de l'électricité produite en raison des pertes liées au transport et à la distribution, selon les estimations. Banque africaine de développement. Les pannes de courant coûtent à certaines économies jusqu'à 2 à 4 % de leur PIB par an, selon les estimations de la Banque mondiale.

Le changement climatique accélère ces défaillances : les vagues de chaleur extrêmes réduisent le rendement de la production d’électricité, les inondations endommagent les sous-stations électriques et les tempêtes et glissements de terrain mettent hors service les lignes électriques aériennes. Selon la Banque mondiale, les perturbations des réseaux électriques en Afrique liées au climat sont de plus en plus fréquentes et graves.

Dans le même temps, la demande augmente rapidement en raison de la croissance démographique, de l'urbanisation et de la numérisation, ce qui exerce une pression supplémentaire sur des infrastructures déjà fragiles.

Pourtant, la réaction instinctive a été de construire davantage d'infrastructures similaires : des centrales électriques plus grandes, des lignes de transport plus longues et des réseaux plus centralisés. Cette approche est coûteuse, lente et de moins en moins adaptée à un monde marqué par la volatilité.

La résilience n'est pas de la redondance, c'est de la conception.

Les systèmes électriques les plus résilients au monde ne sont pas ceux qui possèdent les plus grandes centrales, mais ceux dont l'architecture intègre la diversité, la flexibilité et la redondance.

Les réformes du réseau électrique japonais après Fukushima, la stratégie de stockage décentralisé de la Californie et l'adoption rapide par l'Australie de l'énergie solaire photovoltaïque et des batteries sur les toits illustrent toutes la même leçon : la résilience découle d'un risque réparti.

L’Afrique a une occasion unique d’adopter cette logique à grande échelle, non pas comme une adaptation a posteriori, mais comme un fondement.

Plutôt que de se demander comment étendre toujours plus loin des réseaux électriques fragiles, les décideurs politiques africains devraient se poser une question différente : Comment garantir la continuité de l'alimentation électrique en cas de panne des systèmes ?

Plaidoyer pour les réseaux hybrides

L'avenir le plus résilient de l'Afrique repose sur des systèmes énergétiques hybrides combinant les réseaux nationaux avec les énergies renouvelables décentralisées, le stockage et le contrôle numérique.

Cela signifie:

  • Renforcer le transport et la distribution là où la densité et la demande industrielle le justifient ;
  • Déploiement de mini-réseaux et de systèmes solaires autonomes là où l'extension du réseau est lente, coûteuse ou peu fiable ;
  • Intégration d'un système de stockage par batterie pour lisser la volatilité et fournir une alimentation de secours.
  • Numérisation de la gestion du réseau pour détecter les pannes, rediriger l'énergie et rétablir rapidement le service.

Le Agence internationale de l'énergie (AIE) On estime que les investissements mondiaux dans les réseaux électriques doivent doubler d'ici 2030 pour soutenir la transition énergétique, la flexibilité et la numérisation étant des priorités essentielles. L'Afrique peut accéder directement à ce nouveau modèle au lieu de reproduire les réseaux du XXe siècle.

Comme nous l'avons soutenu dans notre analyse de En Afrique, les défaillances d'accès, et notamment la fiabilité et non la simple connexion, doivent devenir le nouveau critère de réussite.

La décentralisation comme stratégie de résilience

Les mini-réseaux et les énergies renouvelables distribuées sont souvent présentés comme des solutions provisoires pour les zones isolées, en attendant l'arrivée de réseaux électriques “ réels ”. Cette vision est dépassée.

Selon le ESMAP de la Banque mondiale, Les mini-réseaux solaires sont souvent moins coûteux que l'extension du réseau électrique au-delà d'une certaine distance, tout en offrant un déploiement plus rapide et une fiabilité accrue. Surtout, les systèmes décentralisés tombent en panne localement, et non à l'échelle du système.

Lorsqu'un réseau électrique central s'effondre, des millions de personnes se retrouvent sans électricité. Mais lorsqu'un mini-réseau tombe en panne, seule une communauté est touchée et peut souvent rétablir le service de manière autonome.

Cette résilience modulaire n'est pas un compromis, mais un avantage.

L’opportunité que représente le développement des mini-réseaux en Afrique ne se limite donc pas à l’accès ; elle concerne également l’absorption des chocs systémiques.

Stockage : le chaînon manquant

La résilience sans stockage est incomplète.

D'après BloombergNEF, le coût des batteries a chuté de près de 90 % depuis 2010, rendant le stockage d'énergie de plus en plus viable pour les réseaux électriques, les mini-réseaux et les infrastructures critiques. Le stockage permet aux systèmes de pallier les pannes, de gérer les pics de consommation et d'intégrer les énergies renouvelables intermittentes.

Pourtant, le déploiement du stockage en Afrique reste limité, freiné par les structures de financement, l'incertitude réglementaire et l'absence de codes de réseau qui reconnaissent sa valeur.

Pour que les réseaux électriques africains puissent résister aux chocs climatiques et sécuritaires, le stockage doit passer du stade de projet pilote à celui de politique publique.

Réseaux numériques pour une ère instable

La résilience est aussi informationnelle.

Les compteurs intelligents, les capteurs et les systèmes de contrôle numérique permettent aux opérateurs de détecter les pannes précocement, d'en isoler les causes et de rétablir le service plus rapidement. Sur les marchés développés, la numérisation a permis de réduire la durée des interruptions de service de 30 à 40 %.

Les réseaux électriques africains sont parmi les moins numérisés au monde, mais cela signifie aussi que les gains marginaux liés aux mises à niveau numériques sont énormes.

La numérisation ne nécessite pas la construction de nouvelles centrales électriques. Elle requiert une réforme de la gouvernance, des normes de données et des investissements dans les domaines de compétences où les progrès peuvent être rapides.

Financer la résilience, pas seulement les capacités

Des réseaux électriques résilients nécessitent un changement dans la manière dont les projets sont financés et évalués.

Le financement énergétique traditionnel récompense les capacités ajoutées et les mégawatts installés. La résilience exige des indicateurs tels que :

  • fréquence et durée des interruptions,
  • temps de récupération après une panne,
  • continuité des services pour les cliniques, les réseaux d'eau et les télécommunications.

Les institutions et les organismes de réglementation du financement du développement doivent commencer à intégrer explicitement la résilience dans les prix par le biais de tarifs, d'incitations et de garanties.

Comme nous l'avons souligné dans notre analyse de la crise énergétique et de la santé publique en Afrique, Une panne de courant n'est pas un simple désagrément ; c'est un risque mortel.

De la fragilité à l'avantage

La faiblesse du réseau électrique africain est souvent perçue comme un handicap. En réalité, elle pourrait bien représenter la plus grande opportunité du continent.

Parce que les systèmes sont encore en construction, l'Afrique peut :

  • éviter les infrastructures fossiles abandonnées,
  • Concevoir en tenant compte de la volatilité climatique dès le départ,
  • Intégrer la décentralisation et la flexibilité par défaut.

L'avenir du pouvoir à l'échelle mondiale ne réside pas dans une perfection centralisée, mais dans une résilience distribuée. L'Afrique n'a pas besoin de rattraper l'ancien modèle ; elle peut définir le nouveau.

Une autre mesure du succès

Si l'Afrique construit des réseaux électriques conçus pour résister aux pannes, au lieu de faire comme si elles n'arriveraient pas, elle pourrait se doter des systèmes électriques les plus résilients au monde.

Cela nécessitera un changement de mentalité :
de la capacité à la continuité,
des mégawatts à la fiabilité, et
Du contrôle à la flexibilité.

La résilience n'est plus un luxe. C'est le prix du pouvoir dans un siècle instable.


“ Le problème du réseau électrique africain n'est pas qu'il tombe trop souvent en panne, mais qu'il n'a jamais été conçu pour résister aux chocs auxquels il est désormais confronté. ”

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