Le boom des minéraux critiques en Afrique ne changera pas notre avenir si nous ne construisons pas d'usines et pas seulement des mines.

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Quand le monde parle de transition énergétique, l'Afrique se retrouve soudainement au cœur du débat. Non pas parce que nous sommes les plus grands émetteurs mondiaux – nous ne le sommes pas. Et non pas parce que notre responsabilité est disproportionnée – nous ne le sommes pas non plus. L'Afrique est au centre de ces discussions parce que les minéraux nécessaires à la décarbonation mondiale se trouvent en grande majorité sous nos sols.

Le cobalt, le lithium, le manganèse, le nickel, le graphite et les terres rares, éléments constitutifs des batteries, des véhicules électriques et des systèmes d'énergie renouvelable, sont extraits des mines africaines et intégrés aux chaînes d'approvisionnement mondiales à un rythme sans précédent sur le continent. La transition énergétique est, par nature ou par fatalité, une transition fortement consommatrice de minéraux. Or, l'Afrique regorge de minéraux.

Mais il existe une vérité fondamentale qu'il faut répéter jusqu'à ce qu'elle influence les politiques publiques : Un boom minier n'est pas synonyme de développement. Les mines, à elles seules, n'ont jamais transformé une nation. Ce qui transforme les nations, ce sont les industries : les usines de traitement, les installations de production de précurseurs, les usines de cathodes, les chaînes d'assemblage de batteries, les usines de composants pour véhicules électriques et les pôles industriels qui transforment les ressources brutes en véritable puissance économique.

L'Afrique est à l'aube d'une nouvelle ère minière. La question est de savoir si cette ère sera différente de la précédente.

Le monde veut les minéraux de l'Afrique, mais pas ses usines.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes.

L'Afrique détient environ 301 TP3 T de réserves mondiales prouvées de minéraux critiques, selon le FMI. Le continent possède des réserves mondiales estimées à 551 TP3T de cobalt, 381 TP3T de manganèse, 801 TP3T de platine et plus d'un quart des réserves mondiales de graphite naturel. L'Afrique s'impose également comme la première source mondiale de nouveaux approvisionnements en lithium, avec de nouvelles mines au Zimbabwe, en Namibie et en RDC qui accélèrent la production bien plus rapidement que prévu par les analystes.

Le monde entier frappe à notre porte : gouvernements, constructeurs automobiles, fabricants de batteries et négociants en matières premières rivalisent pour y avoir accès. Mais ce qu’ils veulent est bien connu : extraire, transporter et raffiner ailleurs.

C'est le plus ancien récit africain de tous.

Ce que l'Afrique exporte en abondance, ce sont des matières premières.
En retour, l'Afrique obtient les plus faibles rendements économiques de la chaîne de valeur.

La CNUCED a maintes fois averti que l'Afrique ne capte que moins de 51 000 milliards de dollars de la valeur de ses propres minéraux une fois ceux-ci intégrés aux chaînes d'approvisionnement mondiales. Le continent recèle certes les minerais qui alimentent la transition écologique mondiale, mais le raffinage, la transformation et la fabrication à haute valeur ajoutée restent majoritairement concentrés en Asie, en Europe et aux États-Unis.

Le risque est clair : l'Afrique pourrait redevenir la source de richesse du monde, et non un producteur, un créateur de valeur, un leader industriel.

Et cette fois, les enjeux sont encore plus importants, car les minéraux qui quittent le continent n'alimentent pas les industries coloniales ou les usines du XXe siècle, mais les industries du futur.

L’essor est bien réel, mais la vulnérabilité l’est tout autant.

L'essor minier de l'Afrique a des répercussions économiques considérables. Des pays comme la RDC, la Zambie, le Zimbabwe, l'Afrique du Sud, la Namibie, la Tanzanie et le Maroc sont au cœur d'une course mondiale aux ressources minérales qui redessine le paysage géopolitique.

Mais les périodes de forte croissance sont trompeuses.
Ils créent de la croissance sans transformation.
Des revenus sans résilience.
Des emplois sans sécurité.
Un avenir sans diversification.

Les exportations de matières premières sont étroitement liées à la volatilité des prix. Lorsque les prix chutent, et ils chuteront inévitablement, les budgets se réduisent, les mines ferment, les moyens de subsistance s'effondrent et les gouvernements sont débordés. L'histoire africaine est, malheureusement, jalonnée de tels cycles.

Sans industrialisation, l'Afrique reste spectatrice plutôt qu'architecte des marchés mondiaux.

C'est exactement le contraire de ce qu'exige la transition énergétique.

Des usines, et pas seulement des mines : le nouvel impératif africain

L'industrialisation n'est plus une option. C'est le prix de la souveraineté dans une économie d'énergie propre.

Si l'Afrique veut passer du statut de soumise aux prix du marché à celui de faiseuse de prix, nous devons construire des industries, et pas seulement des mines.

Nous observons déjà des signes avant-coureurs indiquant que cette transformation est possible.

Maroc : un modèle de valorisation

Le Maroc n'exporte pas seulement des minéraux. Il est en train de développer une industrie des batteries.

  • La gigafactory Gotion High-Tech de Kénitra, d'une valeur de $5,6 milliards de yuans, vise une production annuelle de cellules de batteries allant jusqu'à 100 GWh, une première en Afrique.
  • Le Maroc a intégré cela à son secteur automobile, désormais le plus important du continent, grâce au soutien des énergies renouvelables et d'une politique industrielle forte.

Ce n'est pas parfait, mais c'est une direction, un modèle de ce à quoi peut ressembler une industrialisation axée sur les ressources minérales.

Afrique du Sud : l'ambition en matière de batteries rencontre les orientations politiques

L'Afrique du Sud, initialement exportatrice de minéraux, se transforme en pôle industriel de batteries et prévoit la construction d'une usine de fabrication de batteries d'une capacité de 32 GWh dans la zone économique spéciale de Coega. Le livre blanc du gouvernement sur les véhicules électriques prévoit des mesures incitatives pour la production locale de batteries, s'appuyant sur un important vivier de main-d'œuvre qualifiée et des infrastructures industrielles performantes.

Des défis subsistent, notamment en matière de fiabilité de l'approvisionnement en électricité, mais la direction reste sans équivoque : la valorisation des ressources, et non leur extraction brute.

RDC–Zambie : du cuivre et du cobalt aux composants de véhicules électriques

La RDC et la Zambie, qui possèdent certains des plus importants gisements de cuivre et de cobalt au monde, ne se contentent plus d'exporter du minerai. Leur initiative conjointe visant à construire une chaîne de valeur pour les batteries de véhicules électriques, soutenue par la Banque africaine de développement et des partenaires internationaux, ambitionne de produire localement les matériaux précurseurs et les cathodes. Il s'agit d'un exemple rare de collaboration industrielle transfrontalière.
Et c'est précisément le type de modèle de collaboration dont l'Afrique a besoin.

Le monde change, et l'Afrique doit changer avec lui.

L’Europe, les États-Unis et la Chine redéfinissent leurs politiques industrielles afin de sécuriser leurs approvisionnements en minéraux et de développer leur production nationale. La loi américaine sur la réduction de l’inflation, la loi européenne sur les matières premières critiques et la stratégie industrielle chinoise convergent toutes vers une même tendance :

Les pays veulent contrôler les ressources minérales et la production manufacturière.

L'Afrique ne peut pas se contenter d'être un simple fournisseur dans cette nouvelle équation mondiale.
Nous devons être producteurs.

Mais pour que cela se produise, plusieurs conditions doivent changer.

Ce qu'il faut pour passer de l'extraction à l'industrialisation

1. Une énergie fiable et abordable

Les usines ne peuvent pas fonctionner sur l'espoir. Elles ont besoin d'une électricité stable, une ressource inégale sur les marchés africains. Les pays capables de fournir une énergie verte de base seront à la pointe du progrès.

2. Chaînes de valeur régionales

Aucune nation africaine ne peut tout faire. L'avenir appartient aux blocs régionaux.

  • RDC + Zambie → raffinage du cuivre/cobalt
  • Afrique du Sud → matériaux précurseurs + emballages
  • Maroc → cellules + assemblage de véhicules électriques
  • Afrique de l'Est → plateformes de traitement et de logistique

C'est ainsi que se construit la compétitivité.

3. Une politique industrielle qui maintient le cap

Les investisseurs ont besoin de certitude, de politiques à long terme, de régimes fiscaux prévisibles, de zones économiques spéciales, de plans d'approvisionnement et d'obligations claires en matière de contenu local.

4. Compétences, compétences, compétences

L'industrie des batteries a besoin de chimistes, de métallurgistes, d'ingénieurs en mécatronique, de techniciens, de planificateurs logistiques et de spécialistes du contrôle qualité. L'Afrique a la jeunesse. Elle a besoin de formation.

5. Protection de l'environnement et des communautés

L’industrialisation ne doit pas reproduire les ravages causés aux villes minières, qui se sont retrouvées avec des rivières polluées et des terres arides. Les communautés doivent être des copropriétaires, et non des victimes.

Pourquoi ce moment représente l'ouverture de l'Afrique une fois par siècle

Pour la première fois dans l'histoire moderne :

  • L'Afrique possède les minéraux dont le monde ne peut se passer.
  • Elle possède un potentiel en énergies renouvelables permettant d'alimenter l'industrialisation de manière compétitive.
  • Le continent dispose d'une population jeune pour faire fonctionner les usines de demain.
  • Elle dispose d'organismes régionaux de plus en plus nombreux, capables de négocier des accords plus avantageux.
  • L'Afrique dispose d'une influence mondiale, chose rare au cours du siècle dernier.

Mais l'effet de levier sans stratégie se transforme en chance.
Et la chance n'est pas un modèle de développement.

Le monde n'attendra pas que l'Afrique s'industrialise.
Si nous ne construisons pas d'usines, d'autres le feront, en utilisant nos minéraux.

Le choix qui s'offre à nous

Si l'Afrique reste un simple fournisseur de matières premières minérales, la transition énergétique sera quelque chose qui nous arrive, et non avec nous ou pour nous.
Nous verrons les véhicules électriques sortir des chaînes de montage à l'étranger tandis que nos villes minières resteront inchangées.
Nous verrons les profits mondiaux augmenter tandis que la valeur africaine restera faible.
Nous allons encore perdre une occasion de façonner notre propre destin.

Mais si l'Afrique construit des usines, des raffineries et des corridors industriels, si les gouvernements restent fermes, si les investisseurs s'engagent sur le long terme et si les communautés sont traitées comme des partenaires, alors le boom minier se transforme en boom du développement.

C'est l'occasion pour l'Afrique de réécrire l'histoire.
C'est à nous de décider si nous l'acceptons.


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1 réflexion sur “Africa’s Critical Minerals Boom Won’t Change Our Future Unless We Build Factories Not Just Mines”

  1. Ping : L’Afrique ne peut se permettre de répéter les erreurs de l’ère pétrolière dans le contexte de l’essor des minéraux critiques – Transition énergétique Afrique

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