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Il n'y a pas si longtemps, je me trouvais près d'une école primaire du nord du Nigéria. Un technicien fixait un panneau solaire sur le toit d'un des bâtiments. La cour de récréation résonnait des rires et de la poussière des enfants, leur joie dominant le murmure de la campagne environnante. Leurs enseignants m'ont expliqué que lorsque le système serait enfin opérationnel, ce serait la première fois depuis des années que l'école bénéficierait d'une alimentation électrique fiable.
Tandis que je le regardais travailler, une question s'est imposée à mon esprit, comme un poids insupportable :
Que se passera-t-il quand nous n'aurons plus de jeunes comme lui ?
Que se passe-t-il lorsque les ambitions solaires de l'Afrique dépassent les capacités de main-d'œuvre du secteur ? En observant ce jeune homme travailler, j'ai réalisé quelque chose que l'on ne dit pas assez fort :
L'Afrique ne manque pas de soleil. Ce qui nous fait cruellement défaut, ce sont les mains qualifiées pour transformer ce soleil en énergie.
Le boom solaire que l'Afrique attendait
Sur tout le continent, les énergies renouvelables connaissent une accélération remarquable. Il y a une dizaine d'années, beaucoup d'entre nous rêvaient de :
- Les installations solaires ont atteint des niveaux records.
- Les mini-réseaux connectent les villages isolés à une vitesse sans précédent.
- Les toits des villes se transforment en centrales électriques silencieuses et révolutionnaires.
- Les investisseurs commencent enfin à s'y intéresser.
- Les gouvernements fixent des objectifs d'installation ambitieux.
Chiffres à l'appui, l'histoire ressemble à un progrès, mais en réalité, elle est bien plus fragile.
Car si les panneaux solaires peuvent être importés, installés, financés ou subventionnés, rien ne remplace une main-d'œuvre qualifiée. Or, l'Afrique souffre actuellement d'une pénurie silencieuse de compétences, une véritable pénurie qui menace de freiner la transition énergétique que nous attendons depuis des générations.
L'AIE estime que l'Afrique aura besoin de plus de 2 millions de nouveaux travailleurs dans le secteur des énergies propres d'ici 2030., L'énergie solaire représente la majeure partie de cette demande. Aujourd'hui, nous ne disposons que d'une petite fraction de ces travailleurs, répartis de manière inégale sur le continent. Il ne s'agit pas d'une crise future, mais bien d'une crise actuelle.
Le fossé entre la technologie et le talent
Le secteur mondial des énergies propres est confronté à ses propres défis en matière de compétences. Mais en Afrique, les conséquences sont particulièrement graves.
Lorsqu'un projet solaire est retardé en Europe, c'est un inconvénient.
Lorsqu'un projet solaire est retardé dans les zones rurales du Malawi, une clinique reste plongée dans le noir.
En Californie, lorsqu'un système tombe en panne, les réparations sont couvertes par une garantie.
Quand cela ne fonctionne plus dans le nord du Nigeria, une famille retourne au kérosène et inhale de la fumée tous les soirs.
Dans les pays riches, les installateurs sont rares. En Afrique, ils sont rares. et On attend d'eux qu'ils soient des magiciens, capables de dépanner, de câbler, de grimper, de diagnostiquer, de négocier, de réparer et de former, tout en opérant dans des endroits où la logistique et les pièces de rechange sont un luxe.
Notre essor dans le domaine de l'énergie solaire dépasse notre capacité à y répondre en personnel.
Voici la contradiction que l'on nomme rarement : le continent le plus ensoleillé est celui qui compte le moins de personnes formées pour exploiter cet ensoleillement.
Pourquoi le déficit de compétences en matière de solaire en Afrique s'accroît-il ?
Les causes sont bien connues, mais rarement reliées entre elles pour former un tableau cohérent :
1. La formation est trop urbaine et trop académique.
La plupart des centres de formation se trouvent dans des villes éloignées des zones où l'énergie solaire est en plein essor. De plus, de nombreux cours privilégient la théorie au détriment de la pratique.
2. Les jeunes techniciens sont formés, puis disparaissent.
Les entreprises du secteur solaire signalent une tendance inquiétante :
Formez bien quelqu'un, et il partira pour un emploi mieux rémunéré dans une ONG ou émigrera vers le Golfe ou l'Europe.
L'Afrique ne perd pas seulement des travailleurs.
Nous sommes en train de perdre expérience.
3. Les femmes sont exclues de l'économie énergétique
Bien que les femmes représentent plus de la moitié de la population, elles constituent moins de 20 % des effectifs du secteur des énergies renouvelables. Notre industrie se prive ainsi d'un vivier de talents considérable.
4. Nous finançons des panels, pas des personnes.
Les banques de développement financeront les mégawatts.
Les gouvernements financeront les infrastructures.
Mais le financement du développement de la main-d'œuvre est une question secondaire.
5. Les programmes scolaires sont en retard sur la réalité
Dans de nombreux établissements d'enseignement et de formation techniques et professionnels (EFTP), les étudiants apprennent encore la théorie électrique d'une époque antérieure à la généralisation de l'énergie solaire. Ils obtiennent leur diplôme en connaissant les circuits, mais pas les toitures.
Il en résulte une ironie singulière : l’Afrique est riche en soleil, riche en jeunesse, riche en potentiel, mais pauvre en compétences mêmes dont nous avons besoin pour le libérer.
L'histoire humaine derrière la crise des compétences
Dans une zone rurale de Zambie, j'ai rencontré une mère qui avait reçu un petit système solaire domestique d'une ONG. Pendant six mois, il a parfaitement fonctionné. Ses enfants étudiaient le soir. Elle cuisinait en générant moins de fumée. Sa famille dépensait moins de pétrole.
Le système a alors dysfonctionné.
L'installateur avait déménagé.
Le technicien local avait changé de secteur.
Personne dans un rayon de 50 kilomètres ne savait comment le réparer.
Ses mots étaient simples, mais dévastateurs :
“ Nous attendons la prochaine ONG. ”
Cette simple phrase résume à elle seule la tragédie de la pénurie de compétences dans le secteur solaire en Afrique. La technologie sans talent est éphémère. La lumière sans entretien est fugace. Le progrès sans population est fragile.
L'opportunité que nous laissons passer
Pourtant, cette crise n'est pas seulement un avertissement, c'est aussi une opportunité que l'Afrique n'a pas pleinement saisie.
L'énergie solaire est l'un des rares secteurs industriels au monde qui peut :
- employer les jeunes ruraux
- créer des emplois dans la dignité
- attirer les femmes vers les carrières techniques
- stimuler l'entrepreneuriat local
- renforcer la résilience communautaire
- développer des compétences transférables
- voies d'industrialisation d'ancrage
Si l'Afrique investit dans sa main-d'œuvre spécialisée dans l'énergie solaire, le continent pourrait créer non seulement de l'électricité, mais aussi des moyens de subsistance. Pas seulement des installateurs, mais des innovateurs. Pas seulement de l'énergie, mais la prospérité.
La transition solaire n'est pas simplement une révolution technologique. C'est une révolution populaire.
Mais seulement si nous choisissons de former les personnes qui la dirigeront.
Ce que l'Afrique doit faire avant qu'il ne soit trop tard
1. Apporter l'entraînement jusqu'au dernier kilomètre
Tout le monde ne peut pas quitter son village pour étudier en ville.
La formation doit venir à eux.
Les laboratoires mobiles, les centres communautaires, les partenariats au niveau des districts et la formation intégrée aux déploiements de mini-réseaux peuvent réduire l'écart entre les talents et les opportunités.
2. Constituer un véritable vivier de talents pour les carrières
L'Afrique doit remplacer ses formations courtes et dispersées par un écosystème complet :
- fondements techniques
- apprentissages
- mentorat pour les femmes
- certification reconnue dans tous les secteurs
- accords régionaux de mobilité
- parcours de carrière à long terme
On ne peut pas construire une profession uniquement sur des ateliers.
3. Protégez les talents, ne les perdez pas.
Les techniciens démissionnent car ils sont sous-payés, sous-reconnus et surchargés de travail.
Les primes de fidélisation, les avantages sociaux et les contrats à long terme doivent devenir la norme, et non l'exception.
4. Investir dans les compétences, pas seulement dans les fermes solaires
Tout investissement dans le solaire devrait s'accompagner d'un investissement dans la main-d'œuvre.
Chaque programme de donateurs devrait allouer un pourcentage à la formation.
Chaque appel d'offres gouvernemental devrait exiger un transfert de compétences au sein du pays.
Nous ne pouvons pas construire notre avenir sans les personnes qui rendent l'installation possible.
5. Placer les femmes au centre
La future main-d'œuvre africaine du secteur solaire doit être féminine.
Non pas par souci de diversité, mais parce que l'Afrique ne peut se permettre d'ignorer la moitié de ses talents.
Une dernière réflexion : les mains qui tiendront le soleil
Je repense souvent à ce jeune technicien nigérian, celui qui, sur le toit de l'école, serrait des boulons avec une application empreinte de détermination. Il incarne ce que l'Afrique possède déjà : le courage, l'ingéniosité, le potentiel.
Mais il représente aussi ce que l'Afrique risque de perdre si nous n'agissons pas :
les mains expertes capables de retenir le soleil.
L'avenir solaire de l'Afrique ne se construira pas grâce à des panneaux solaires.
Il sera construit par des hommes.
Et la question qui se pose à nous, gouvernements, bailleurs de fonds, entreprises et communautés, est d'une simplicité désarmante :
Investirons-nous dans la lumière du soleil qui nous surplombe, ou dans les talents qui nous entourent ?
La réponse déterminera non seulement si l'électricité restera allumée, mais aussi si les enfants d'Afrique hériteront d'un continent capable d'alimenter leurs rêves.
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Vincent Egoro est une voix africaine de premier plan en matière de transition énergétique juste, d'élimination progressive des combustibles fossiles et de gouvernance des minéraux critiques. Fort de plus de dix ans d'expérience en plaidoyer régional, il œuvre à l'intersection de la transparence, de la responsabilité et de la durabilité, promouvant des solutions communautaires qui placent l'Afrique au cœur de l'action climatique mondiale.


