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La COP30 a introduit un nouveau mécanisme mondial de transition juste, un cadre destiné à protéger les travailleurs et les communautés alors que le monde accélère sa transition hors des énergies fossiles.
Cela semblait capital, le genre d'avancée politique majeure que l'on attend des sommets sur le climat. Un engagement mondial en faveur de l'équité. La promesse qu'aucun travailleur, dans aucune communauté, ne serait laissé pour compte.
Mais en dehors des salles climatisées, dans les bassins houillers du Mpumalanga, la ceinture gazière du Mozambique ou les terminaux pétroliers du golfe de Guinée, cette annonce n'a eu que peu d'impact. Ce dispositif est dépourvu de financement. Aucune garantie de reconversion professionnelle. Aucun filet de sécurité sociale. Aucune assurance-travail. Aucun fonds de transition communautaire.
Un mécanisme sans argent n'est pas un plan.
C'est une suggestion, et une suggestion fragile.
Pour les travailleurs africains, qui se trouvent en première ligne de la transition énergétique mondiale, la question est désormais d'une simplicité douloureuse :
Le mécanisme de transition juste de la COP30 va-t-il réellement changer quelque chose ?
La promesse d'un mécanisme et la réalité qui se cache derrière.
Le mécanisme pour une transition juste est présenté comme la réponse mondiale aux inquiétudes croissantes des travailleurs. Il est décrit comme une plateforme de coordination internationale, un ensemble de principes directeurs et un nouveau dispositif de compte rendu permettant aux pays de détailler leurs plans pour les travailleurs face au déclin des énergies fossiles.
Mais si l'on examine attentivement ce qu'elle offre et ce qu'elle n'offre pas, le fossé devient évident.
Ce qu'il offre :
- Un mandat politique pour protéger les travailleurs
- Un espace officiel pour les syndicats et les ministères du Travail
- Orientations en matière de protection sociale
- Encourager l'élaboration de plans de transition nationaux
- Un cadre mondial partagé
Ce que cela fait pas offre:
- Financement dédié
- programmes de reconversion
- protection du revenu
- Compensation communautaire
- garanties du marché du travail
- mécanismes d'application
Voici le paradoxe :
Le monde a reconnu le coût humain de cette transition, mais n'a pas encore décidé de le financer.
En Afrique, où les marchés du travail sont déjà fragiles et où les emplois liés aux énergies fossiles font souvent vivre des communautés entières, cette omission a des conséquences importantes.
La crise du travail en Afrique n'a pas commencé à la COP30 et elle ne s'y terminera pas.
La transition énergétique est peut-être mondiale, mais son impact sur l'emploi est profondément inégal.
L'Organisation internationale du travail (OIT) On estime que des millions de travailleurs africains sont employés directement ou indirectement dans les industries des combustibles fossiles, de l'extraction du charbon au raffinage du pétrole en passant par la logistique du gaz.
Mais le déclin est déjà en cours :
- L’Afrique du Sud démantèle ses centrales à charbon plus rapidement que les nouvelles industries n’absorbent de travailleurs.
- Le Nigeria perd des emplois dans le secteur pétrolier depuis plus d'une décennie en raison de l'effondrement des investissements.
- Les secteurs offshore du Ghana et de la Côte d'Ivoire sont confrontés à une demande incertaine à long terme.
- Le développement du GNL au Mozambique est au point mort en raison de l'instabilité financière.
Parallèlement, l'économie verte ne crée pas encore d'emplois à grande échelle.
L'AIE prévoit que les technologies d'énergie propre créeront 30 millions de nouveaux emplois d'ici 2030., pourtant seule une infime partie se trouvera en Afrique sans investissements ciblés.
Le rapport IRENA sur l'emploi en 2024 fait état de 16,2 millions de travailleurs du secteur des énergies renouvelables dans le monde, mais l'Afrique reste largement absente.
Le résultat ?
L'Afrique est exclue d'un marché du travail mondial avant d'être invitée à intégrer le suivant.
Le mécanisme de la COP30 reconnaît ce déséquilibre par un langage diplomatique. Mais la reconnaissance n'est pas une protection.
Pour les travailleurs africains, la transition n'est pas “ juste ”, elle est urgente.
Le monde envisage cette transition selon différentes échéances : 2030, 2050, 2060.
En Afrique, les travailleurs le vivent au quotidien : factures payées ou non, contrats renouvelés ou non, horaires de travail attribués ou annulés sans ménagement. Cette transition n’est pas théorique. Un jeudi après-midi, un superviseur annonce à son équipe la fermeture de l’usine début de l’année prochaine, sans que l’entreprise n’ait prévu de plan de reconversion.
Pour un chauffeur de camion transportant du charbon à Emalahleni, un technicien de raffinerie à Port Harcourt ou un tuyauteur à Pemba, une “ transition juste ” doit être bien plus qu'un slogan. C'est la différence entre la dignité et la dignité.
Ce que la COP30 a réussi à faire, il faut le reconnaître, c'est rendre le monde du travail impossible à ignorer.
Ce qu'elle n'a pas réussi à faire, c'est rendre la protection inévitable.
Pourquoi ces mécanismes restent importants si l'Afrique les utilise de manière stratégique
Un mécanisme sans financement n'est pas totalement impuissant. Il peut encore constituer un levier.
1. Cela donne aux syndicats un nouveau pouvoir de négociation
Les syndicats africains peuvent désormais inciter les gouvernements et les entreprises à :
- publier les plans de transition,
- garantie de recyclage,
- Inclure les travailleurs dans la prise de décision.
“ La COP30 l’exige ” est un puissant outil de négociation.
2. Cela impose la transparence
La plupart des gouvernements africains ne disposent d'aucune feuille de route publique pour les régions dépendantes des énergies fossiles. Ce mécanisme exige des rapports. Ces rapports permettent de responsabiliser les parties.
3. Elle fournit une norme mondiale
Les entreprises opérant en Afrique ne peuvent plus ignorer les obligations de transition qu'elles doivent respecter en Europe ou en Australie.
4. Cela ouvre un espace pour les demandes de la communauté
Les communautés des régions minières et pétrolières peuvent exiger des accords collectifs. —des accords d’intérêt communautaire, directement liés aux principes de la COP30.
L'équité ne peut être une réflexion après coup.
Ce que les gouvernements africains doivent faire maintenant, et vite.
La vraie question n'est pas de savoir si la COP30 a apporté suffisamment de résultats. Elle n'en a pas apporté.
La question est de savoir si les États africains sauront saisir l'occasion de prendre les devants.
Voici ce qui doit se produire immédiatement :
1. Commissions nationales pour une transition juste
L'Afrique du Sud en possède une.
Le Kenya, le Nigeria, le Ghana, le Sénégal et le Mozambique doivent suivre.
Ces commissions doivent cartographier :
- pertes d'emplois
- besoins futurs en compétences
- parcours de reconversion
- plans de transition communautaire
2. Intégrer les compétences dans chaque projet énergétique
Aucun nouveau parc solaire, centre de production d'hydrogène ou gisement de gaz ne devrait être lancé sans un budget dédié à la formation et à la reconversion des travailleurs.
C’est le cœur du travail que mène Energy Transition Africa sur le continent. les compétences comme infrastructure crise.
3. Négocier le financement de la transition au G20, à la BAD et à la COP31
Les économies développées ne peuvent pas prêcher la justice tout en la sous-finançant.
Une transition sans emploi est synonyme d'instabilité.
L'instabilité coûte cher.
Investir coûte moins cher que de semer le trouble.
4. Protéger les travailleurs des services publics appartenant à l'État
La transition des services publics, d'Eskom à Tanesco, engendrera davantage de perturbations sur le marché du travail que l'ouverture des mines de charbon. Il est impératif de commencer la planification dès maintenant.
Ce que les syndicats et la société civile doivent saisir maintenant
1. Utiliser la COP30 comme base juridique et morale
Ce mécanisme légitime les revendications des travailleurs.
2. Organiser des campagnes de transition communautaire
Les communautés ne doivent pas attendre d’être “ consultées ”.
Ils doivent façonner le processus.
3. Surveiller les engagements du gouvernement
Ce mécanisme exige un signalement.
Les travailleurs doivent surveiller et contester les plaintes déposées.
4. Exiger des lignes budgétaires nationales
Une transition sans financement n'est pas une transition, c'est un abandon.
Une dernière réflexion : la transition ne sera juste que si nous la rendons ainsi.
Le mécanisme de transition juste de la COP30 n'est pas la solution que les travailleurs africains espéraient.
Mais c'est un début, fragile, incomplet, symbolique, mais un début tout de même.
La suite des événements ne sera pas déterminée par le texte d'une décision de l'ONU, mais par les revendications des syndicats, les priorités des gouvernements, les négociations des industries et les exigences des communautés.
Une transition mondiale fondée sur une main-d'œuvre non protégée n'est ni juste ni durable.
Les travailleurs africains ne craignent pas la transition.
Ils craignent d'être ignorés par elle.
Et maintenant que le monde a reconnu leur place dans l'histoire, il ne faut pas les exclure du prochain chapitre.
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